Page 6 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
D'un pas décidé, fringante, elle pénètre dans la boutique,
Mamaq' est déjà derrière la caisse :
- Bonjour Marraine !!
Celle-ci lui rend la politesse, mais ne peut s'empêcher de
rajouter:
- Tu es bien en beauté ce matin, ma chérie !
- Ah oui ! Tu trouves ?
- Tourne un peu que je t'admire.
Sally ne se fait pas prier. Devant sa marraine, elle ose
s'exprimer sans retenue. Aussi bien avec son corps qu'avec les
mots. Il n'en est pas ainsi à l'égard de tout le monde.
Sa timidité maladive inquiétait tant sa mère que l'unique
remède trouvé, fut de la mettre au-devant de la "scène" chez sa
tante, fleuriste de grand boulevard où chaque minute la porte
s'ouvre sur un client amoureux, fautif ou malheureux. Sally
devint vite la coqueluche de ces messieurs, sa jolie frimousse
enfantine séduisant les plus rébarbatifs.
Ces dames préfèrent Mamaq' la patronne, cette jeunesse
effrontément provocatrice irrite quelque peu ces
"faubouriennes".
- Serais-tu amoureuse ? interroge Mamaq'.
- Oh Marraine ! Non.
- À vingt ans, tout est permis. Je ne t'en blâmerais pas, tu sais.
Ta mère non plus d'ailleurs !
- Ce n'est rien de tout cela. Seulement un garçon très mignon
qui m'a adressé la parole...
A peine finit-elle sa phrase que celui-ci entre dans le magasin.
Sally ne sait que dire. Mamaq' vient à son secours, comprenant
très vite que l'embarras, et la joliesse, de sa nièce ont pour nom
ce grand échalas, à la fois baraqué et tellement empoté, muet
pour la circonstance.
- Monsieur désire ?
- Heu ! Des fleurs.
- Oui. Avez-vous choisi ?
- Heu ! N'importe quoi.
Mamaq’ s'amuse de la gaucherie du jeune homme et poursuit :
- Est-ce pour une personne âgée ?
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