Page 15 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
manquait à son éducation. Celui-ci, homme influent, survolait
les quatre coins du monde l'abandonnant à une mère maladive,
trop souvent alitée pour prendre soin de lui... Il le jalousait
aussi d'avoir des frères, étant enfant unique.
S'apitoyant sur le sort de son ami, Renaud redoublait de
prévenance et d'amour à chaque plainte de l'ingrat. Il vivait mal
cette relation fraternelle. Heureusement sa mère l'aidait
beaucoup dans ses grands moments de désarroi. Elle
s'investissait autant que lui pour sauvegarder une amitié parfois
fragilisée par le déséquilibre de Florentin. Là, à l'instant, tout
en marchant, il réalise le poids des terribles épreuves subies
pendant toutes ces années... Pourtant, il sait que jamais il n'en
sera autrement... Il frissonne.
Sally lui adresse la parole, l'obligeant à laisser en suspens ses
peurs. Il la serre contre lui avec une telle force qu'elle en est
surprise.
- Tu es un homme ma foi bien fougueux, lui dit-elle d'un air
narquois.
Grave, il s'arrête, l'enlace et lui dit :
- C'est la première fois que je suis amoureux, Sally, j'espère
que je serai à la hauteur...
Pour détendre l'atmosphère, Sally réplique :
- Moi, c'est la première fois qu'un homme m'embrasse alors je
ne vais pas faire la difficile !
Il l'embrasse passionnément au milieu de la rue. Ce sera leur
deuxième baiser...
Avril ne te découvre pas d'un fil et subis les lenteurs des heures
qui défilent.
Un pompon rouge, un quai de gare, un départ... Un mois sans
se toucher, de longs jours sans se parler. Sally, s'accroche
désespérément au bras de Renaud, pour se souvenir...
Ils sont ensemble depuis un mois et déjà ils doivent se quitter.
- Tu ne m'oublies pas, hein ? s'affole Renaud.
- Tu m'écriras, implore Sally.
Le chef de gare siffle. Les fermetures des portes claquent
comme des grilles de prisons. Jusqu'au bout leurs mains se
touchent. Bien au-delà, ils se cherchent encore. Esseulée, elle
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