Page 20 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          ton badin, ta mère nous a mis devant le fait accompli :
          - Voilà, je vous présente Tom. Nous nous sommes mariés il y a
          un mois et avons décidé d'habiter avec vous... Puis, elle te
          retira la couverture et te présenta :
          - Elle s'appelle Sally !
          Ton grand-père a ri, ta grand-mère a pleuré, moi, je t'ai prise
          dans mes bras. Elle avait gagné, nous étions sous le charme.
          La  maison, assez grande pour abriter deux ménages,  plus ta
          cousine et moi, s'harmonisa aux sons de tes babillements qui
          envahirent  nos existences et nos faiblesses. Ton père, de dix
          ans plus âgé que ta mère, prit rapidement sa place parmi nous.
          A partir de ce jour, comme par... désenchantement... il en était
          fini de la jeunesse, de l'impétuosité et des insolences de ta
          mère. Elle  devint Diane, pleine  de principes et de préjugés,
          balayant son passé  le  temps d'un  chignon, d'un maquillage
          discret, d'un livre de cuisine et d'un balai...
          Notre mère en fut soulagée, notre père attristé, moi, déçue, son
          mari étonné... et toi, complexée !
          Puisque les langues se déliaient, Sally en profita pour
          questionner  sa marraine sur son père, absence  marquante de
          son enfance.
          - Le changement d'attitude de sa femme le déboussola. Il avait
          épousé une gamine, ce qui faisait son charme à ses yeux et une
          autre personne, trop rigide, prenait sa place. Alors il chercha à
          retourner à Londres. Il finit par accepter un poste d'avocat en
          Angleterre. Ta mère refusa de le suivre. Il tint bon et s'envola,
          seul, pour une vie londonienne. Une semaine par mois, il venait
          te voir et remplissait son devoir de père. Il était fou de cette
          magnifique petite  fille  qui s'épanouissait comme une  fleur...
          Crois-moi tu étais très belle !!
          - Et puis...
          - Eh bien, comme il te voyait peu, il cédait au moindre de tes
          caprices, ce qui engendrait des querelles interminables avec sa
          femme. Ils espaça ses visites  jusqu'au jour  où son arrivée
          ressembla à un départ. Il venait demander le divorce. Ta mère
          se renferma dans une solitude amère et t'éleva à sa façon.
          Sally était restée muette après les révélations de sa marraine,
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