Page 25 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          détourner de la scène  en lui parlant, elle ne peut s'empêcher
          d'être ulcérée par l'acte possessionnel de cette femme.
          Elle détourne la tête pour admirer l'hôtel particulier,
          somptueuse construction du XVIIIe siècle. Le lierre étouffe les
          murs et claustre les fenêtres du second étage. L'image furtive
          que la séquestration ne s1 arrête pas qu ' aux murs 1 ' oblige à
          monter les marches rapidement. Comme pour  effacer
          l'aveuglante évidence.
          Dès l'entrée, l'habillage rassurant de l'arbrisseau grimpant est
          oublié, effacé par la froideur chic de la décoration. Les sols, en
          marbre blanc, sans contraste avec les tapisseries moirées ivoire,
          n'arrivent  pas à imposer la tapageuse exposition, trop
          artistiquement étalée, des oeuvres  d'art ni même  mettre  en
          valeur  les  meubles de  marqueterie. Seuls, les canapés,  au
          nombre de quatre, attirants par leurs couleurs chatoyantes,
          chamarrés de fils d'or, donnent envie de s'y enfoncer. Ce que
          fait Sally, emmenée par Renaud.
          Par colère, elle désire déjà s'en aller. Peu encline à
          l'intimidation devant cet étalage de richesse, elle se prêterait
          assez bien  au jeu de la banquière si celle-ci ne cessait de
          tourner autour de Renaud.
          Enfin, elle  le lâche. Avec recul,  à son tour  elle  l'observe.
          Grande, mince, brune  et jeune de  plusieurs liftings, Madame
          Palandin est ce genre de personne où le snobisme et la
          superficialité sont des domaines quotidiennement  travaillés
          pour paraître au ban d'une société flagorneuse et trompe-l'oeil.
          Le père et le fils sont assis sur le même divan face à Sally. En
          attendant le retour de Marjorie, partie prévenir la domestique
          Angeline, de servir  l'apéritif, la discussion reste  laconique
          comme si, pour les détails,  il fallait, semble-t-il, que ce soit
          Madame qui pose les questions.
          Ce  qu'elle fait  à peine le derrière posé sur le coussin.  Le
          "pedigree"  énoncé de Sally, enfant  de professeur-ès-lettres et
          d'avocat desserre les lèvres pincées de la maîtresse de maison.
          - Sacrée belle-maman !, grince Sally entre ses dents. Renaud
          l'entend et sourit, très amusé.
          Marjorie continue :
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