Page 27 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          Ils continuent de marcher en silence jusqu'à ce qu'Alfred ouvre
          la barrière en bois du jardin.
          -  Il y a deux endroits où je suis bavard, dit-il. Derrière mon
          bureau et ici.
          - Comme je vous comprends ! C'est splendide !
          C'est l'époque de la floraison multicolore où, pour le jardinier,
          c'est le moment de la récompense, celle de son attachement à la
          terre. Alfred, heureux de partager la beauté de l'environnement
          avec une spécialiste, papillonne de fleur en fleur, d'espèce en
          espèce, trouvant pour chaque variété, une  expression, une
          histoire, une attention différentes.
          Sally ne peut s'empêcher d'y apporter ses connaissances.  Ils
          s'amusent à se surprendre mutuellement en rivalisant sur les
          trucs  et  astuces du parfait connaisseur. Ainsi l'égrenage  du
          temps devient superflu. C'est alors que l'approche silencieuse
          de Marjorie vient les  détourner de leur passionnante  joute
          oratoire.
          Elle toussote pour  qu'enfin ils réagissent. Mécontente, elle
          remarque l'harmonie qui règne entre eux. Depuis combien de
          temps n'avait-elle pas vu son mari le visage si radieux ?
          Lui prendre son fils est déjà une catastrophe, mais apporter du
          bonheur à son mari est impardonnable ! Elle seule estime en
          avoir le droit ! Elle en veut donc encore un peu plus à cette
          impertinente.
          - Eh bien !, intervient-elle sèchement.
          Alfred se redresse vivement :
          -  Viens, ma chérie, dit-il en tendant la main vers sa femme,
          nous étions en train d'admirer ce géranium... Ah ! Je crois que
          je ne pourrai plus me passer de cette demoiselle ! Si notre fils
          se décidait à renoncer à l'épouser je crois que je l'adopterais...
          Marjorie, derrière lui, blêmit.
          Le ton désinvolte qu'il prend, surtout devant une femme aussi
          déterminée que Marjorie à éliminer Sally, amuse cette dernière
          à tel point qu'elle ne peut arrêter son fou rire. Il ne comprend
          pas les raisons de son  hilarité,  mais la suit  en gloussant  de
          plaisir. Marjorie, raide, rejette la tête en  arrière,  le menton
          provocant et nuance, avec effort, son intervention :
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