Page 28 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
- Il est tout de même dommage que tu prives le restant de la
famille d'une telle compagnie !
- Je te l'accorde, ma chérie. Allons, rentrons.
Il est tard, les enfants et petits-enfants désertent la maison. Le
vide laissé par ces bruyantes têtes folles ne se comble pas.
Malgré l'éclairage diffus des lampes d'ambiance, posées sur des
nappes juponnées, suscitant, en d'autres lieux et d'autres
moments, avec d'autres personnes, le "déliage" du langage, ils
n'ont plus rien à se dire, fatigués d'une convivialité forcée.
Pourtant Marjorie, joue la parfaite hôtesse jusqu'au bout et les
prie de rester souper avec eux. Renaud accepte, contraignant
Sally à endurer quelques heures de plus le calvaire d'une soirée
gâchée.
Alfred s'efforce de bonimenter, Marjorie, maniérée, s'en tient à
remplir les verres, Renaud surnage dans ce fiasco et Sally
attrape une affreuse migraine. Surtout après les phrases
assassines clôturant le repas :
- Je vous éduquerai sur les plats préférés de mon fils, lui avait
dit Marjorie.
Ce à quoi, Renaud avait répondu :
- Si mon épouse cuisine mal, je viendrai manger ici ! Le café...
Sally refuse le digestif et demande à être raccompagnée chez
elle.
Sur le pas de la porte, Sally félicite Angeline pour sa cuisine,
embrasse tendrement Alfred et, du bout des lèvres, salue
Marjorie... ou, du bout des lèvres Marjorie salue Sally !
Dans la voiture, l'embarras de Renaud ne trouble pas les
pensées de Sally. Elle est déjà à s'imaginer enfouie sous sa
couette, merveilleux refuge de ses tourments. Lâchement,
Renaud se tait, pas un mot sur l'échec de cette journée.
À vif, au moment où il s'y attend le moins, elle lui demande :
- Pourquoi n'ai-je pas encore rencontré ce fameux Florentin ?
- J'attendrai un meilleur jour pour t'en parler, tu veux bien ?
- Oh ! Est-ce si grave ?
- Plus tard ! Elle se tait.
Ils se quittent au bas de l'immeuble. De son côté, il va rejoindre
des amis pour une boisson supplémentaire.
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