Page 22 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
noir... Même moi, à quatre vingt ans, je me l'interdis !
Encore quelques échanges agréables et Sally voit disparaître la
vieille personne. Le téléphone sonne, c'est Mamaq'. Elle est
rentrée de voyage plus tôt que d'habitude et se rend à la
boutique. Ensuite ce sera au tour de Renaud d'appeler, juste
pour lui donner un baiser.
Mamaq', comme Madame Huat, ne s'y trompe pas, Sally s'est
métamorphosée.
- Tiens, se dit-elle, les jonquilles se sont épanouies.
Circonspecte, elle attend une confession. En vain.
Elle la surprendra trois jours plus tard d'une façon bien
singulière. Alors que Sally confectionne un bouquet pour une
cérémonie de mariage, elle lui dit d'un ton dégagé :
- Vendre autant de fleurs et perdre la sienne, quelle ironie du
sort! Elle rajoute, pour être bien comprise :
- N'est-ce pas ?
- Heu ! Oui, sans doute.
Médusée, Mamaq' reste coite. Elle s'était pourtant préparée,
depuis ses soupçons, à cette éventualité. Elle était prête à
entendre et à comprendre toute confession, ...elle s'était
efforcée à travailler son attitude, au cas où...
- Sans doute t'aie-je choquée, Marraine ?, demande Sally
devant son hébétude... J'ai essayé de trouver mieux depuis ton
retour, même dirai-je depuis que... c'est arrivé et voilà... c'est
tout ce qui m'est passé par la tête !
- L'idée est excellente, il faut avouer que l'endroit est de
circonstance. Bravo ! Ta cousine n'a pas été aussi délicate :
- Comment s'y est-elle prise ?
- Oh ! Entre deux portes. Elle m'a dit "Au fait, Maman, je ne
suis plus vierge " et s'est empressée de disparaître en esquivant
mes éventuelles questions. J'ai eu la journée pour réfléchir à sa
façon cavalière et aux conséquences de son acte...
- Et alors ?
- Eh bien ! Je n'en ai jamais reparlé. Elle non plus. Un gros
baiser, très tendre, a été probablement son remerciement le
lendemain matin, au petit déjeuner, lorsqu'elle a compris ma
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