Page 21 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
elle imaginait mal sa mère, jeune, insouciante et capricieuse.
Son enfance avait vu se creuser les plis de sa bouche, son
adolescence, l'espacement des mots et à présent, elles vivaient
les conséquences de l'inconfort de ces années. Leur relation
s'avérait être respectueuse, tout au plus.
Non, vraiment, Sally ne parlerait pas encore à sa mère. Mamaq'
avait haussé les épaules, impuissante.
***
*
Aujourd'hui, seule parmi les fleurs à attendre le client, sa
marraine lui manque. Elle voudrait tant se confier à elle,
confesser sa défloraison et recevoir sa bénédiction. Elle n'est
pas certaine d'avoir eu le droit de se déposséder ainsi avant le
mariage... Sa mère la condamnerait, pas Mamaq’, du moins
prie-t-elle pour qu'il en soit ainsi !
Madame Huat, fidèle cliente de la maison entre. Elle vient
chercher, comme chaque semaine, un bouquet de fleurs
coupées pour agrémenter sa minuscule chambre de la maison
de retraite à deux pas d'ici.
Elle la scrute bizarrement :
- Ma chère enfant, vous avez quelque chose de changé ?
- Que voulez-vous dire Madame Huat ?
- Je l'ignore... si... vous êtes différente... ou alors... c'est ça,
vous avez grandi.
La vieille dame prononce ces mots avec malice. Sally sourit :
- Vous devinez toujours mes petits secrets, hein ?
- Je n'ai pas élevé cinq filles pour rien... Elles éclatent de rire.
- Madame votre marraine, est-elle au courant ?
- Faut-il que je l'en informe ?, s'indigne par jeu Sally.
- Vous avez raison ! Nous voulons toujours tout savoir sur nos
enfants et pourtant nous étions sans doute pires qu'eux à leur
âge! Faites ce que vous dira votre coeur, ma petite, et n'écoutez
pas une grand-mère radoteuse.
- Tout de même, je crois que je vais suivre vos conseils...
Merci, Madame Huat, vous m'avez aidée à chasser mes vilaines
pensées.
- Allons, allons !! Ce n'est pas à vingt ans que l'on broie du
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