Page 16 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
regarde s'éloigner la machine infernale. Il lui manque déjà...
Le soir même, elle prend la plume. Ce sont des mots
éperdument romantiques, des promesses et des projets
audacieux qui courent sur le papier. Tout ce qui ne se dit pas,
mais se lit avec délice.
Libérée jusqu'à demain de sa verbomanie, elle cachète
l'enveloppe et va se coucher en se promettant, comme chaque
soir depuis un mois, de parler à sa mère.
* *
Le retour !
Leurs lèvres s'unissent. Leurs mains imaginent, leurs pensées
essaient de deviner, leur sagesse les aide à résister... pour
combien de temps ?
Ils ne tentent pas de s'abuser, comme si l'attente est encore plus
délicieusement magique que l'acte lui-même.
Les salles obscures entendent leurs soupirs, les sous-bois
voient leurs étreintes. La voiture connaît leurs désirs...
Etrangement, jamais son studio n'est témoin d'un quelconque
geste déplacé... Peur d'une visite impromptue ou d'un
engagement plus officiel ?
Il est à elle, elle est à lui... Demain ? Ils veulent croire qu'ils
existeront pour eux deux...
* *
*
Encore un départ... Encore un retour...
Sally, magnifique dans ce hall de gare, n'entend pas les
sifflements admiratifs des messieurs entreprenants, ne voit pas
les autres, ceux pour qui l'admiration muette suffit, elle n'a
d'yeux que pour le train qui arrive.
La foule descend. Pressée, elle la bouscule. Soudain c'est le
cri... Renaud. Il hurle sa joie en projetant son béret dans les
airs. Fous de bonheur ils se jettent l'un contre l'autre,
sauvagement. Il la soulève de terre, tourne à s'étourdir. Elle lui
baise les lèvres, le front, le cou.
- Viens allons boire un verre !
Il lui racontera son long séjour à Papeete, puis la traversée sur
le bateau. Elle lui dira son impatience tout en comptant les
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