Page 37 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 37
Violeurs d'Ame
meurtrier et ironique avant d'être entraînée sur un rythme de
samba.
- J'aime cette danse, dit Renaud en retrouvant le sourire. Nous
irons la danser à Rio, un jour, tu veux bien ?
- J'irai n'importe où avec toi... même en enfer, si je suis dans
tes bras !
- Nous n'irons pas aussi loin ! Ne te l'ai-je pas promis ?
- Si ! Seulement je ne savais pas que le diable était si près de
nous !
- Florentin ne fera rien contre nous...
- Ai-je parlé de Florentin ? rétorque Sally d'un
sourire malheureux.
Un slow coupe court à une vaseuse réponse. Il l'empoigne et la
serre fort, pour oublier les autres, Florentin, et s'oublier lui-
même. Sentir le parfum de cette femme, la sienne, écouter
vibrer les battements de son coeur contre sa poitrine, aimer
l'enlacement de ses bras autour de sa taille... Vivre... et encore
oublier les verres bus pour laver l'outrage de Florentin...
Affront qu'il avait su inévitable.
La soirée s'étire, langoureuse et enfumée. Les esprits sont
fatigués, mais résistent aux heures noires du soir.
Sally, assise seule dans un coin isolé s'ennuie. Il est tard, elle
voudrait être sous sa couette, à l'abri des fêtards. Joséphé aussi
recherche un peu de calme. Elle s'approche de Sally et
s'effondre dans un fauteuil, se plaignant de maux de pieds.
Depuis quelques minutes, leurs regards convergent dans un
autre coin de la pièce. Florentin discourt avec Renaud et
Marjorie. Ses gestes, larges et brusques, traduisent sa nervosité.
- Le trio infernal, souligne Sally sarcastique.
Joséphé se tourne de son côté en lui posant la main sur le
genou :
- Crois-en ta bonne étoile ! C'est vrai qu'entre sa mère et
Florentin, le pauvre Renaud a du mal à exister. Mais que veux-
tu, ça dure depuis les bancs de l'école primaire, et déjà c'est
trop tard pour les séparer.
- Si je comprends bien, j'ai du "boulot"... Joséphé secoue
énergiquement la tête.
34

