Page 52 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          un baiser furtif  avant  de partir, comme pour retarder  l'aveu
          d'une faute.
          Non, elle ne peut pas rester plantée là, à écouter le martèlement
          obstiné de ses défiances, à ressentir encore la reptation de ce
          corps maladroit sous les draps, ni à se reprocher de ne pas avoir
          regardé le cadran du réveil pour savoir l'heure qu'il était. Elle
          part travailler.
          Accueillie chaleureusement par sa  marraine, elle oublie ses
          petites misères. Une cliente entre... la vie reprend son cours.
          Quand, enfin, le magasin se vide,  Sally s'asseoit,  les jambes
          lourdes.
          -J'ai mal partout ! Mais qu'est-ce qu'on est bien ici !... Tu sais,
          même quand j'étais heureuse, je pensais à toi...
          VIOLEURS D'AME
          Mamaq’ sursaute :
          - Que veux-tu dire par "quand j'étais heureuse" ?
          -  Eh bien oui, durant tous ces mois que nous avons vécu sans
          les autres !
          -  Vous aviez raison ! Et cet enfant, que vous attendez, va être
          la réalisation de ces instants de communion... Je crois que votre
          bonheur va s'agrandir, mais qu'il n'est pas fini pour autant !
          -  Ce n'est plus pareil ! Je suis sans arrêt malade... et tellement
          fatiguée !
          - Renaud a-t-il des difficultés à comprendre ton état ?
          - Non, il est très gentil !
          -  Viens, fermons la boutique, je vais te faire goûter ma tarte,
          après tu iras mieux !
          Fort appétissante, Sally la dévore au trois  quart. Mamaq'
          l'observe s'empiffrer :
          - Depuis quand n'as-tu pas mangé ?
          - Hier au soir.
          De ses yeux interrogateurs, Mamaq1 attend une explication.
          - J'ai passé la soirée toute seule... Je n'avais pas faim ! Soudain,
          Sally crie :
          -  Voilà, où il était ! Avec des japonais ! J'avais oublié !... Je
          mangerais bien ta dernière part de gâteau !... Ne t'inquiète plus,
          marraine, tout va bien !
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