Page 55 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
montré prolixe de peur que sa ne femme balance quelques
irritantes réflexions indésirables. Elle n'avait pas failli,
félicitant plus le futur papa que la maman, impardonnable
outrage pour toute femme. Sally était repartie peinée, ramenée
par Renaud, passablement grisé.
Immanquablement, il fallut aussi partager cette joie avec les
amis. Dès le lendemain, Renaud téléphona à ses "fidèles" qui
débarquèrent dans leur "trente mètres carrés". Florentin absent,
la soirée fut merveilleuse. Les verres tintèrent sans excès, la
musique remplaça les débordements verbaux et Sally découvrit
une amie très chère en la personne de Joséphé.
Et puis, il y eut les japonais et Florentin...
Encore aujourd'hui, le ciel est gris... souris avant la tempête.
Mamaq' a beaucoup de mal à contenir la nervosité de sa filleule
qui, dans l'attente d'un coup de fil, tourne en rond.
Pardonnant la sensiblerie désolante de Sally, Mamaq' ne peut
s'empêcher de plaindre Renaud. Bien que celle-ci justifie son
comportement :
- Tu sais, son attitude envers moi a changé. Certains jours,
quand il rentre tard, il fuit mon regard... et je ne te l'avais pas
dit, mais il refume... le pire, dit-elle en grimaçant, il
recommence à me parler de sa mère ! Un comble, non ?
- Tu ne peux l'empêcher de revoir ses parents, ses amis,
s'indigne Mamaq'. N'est-ce pas le meilleur moyen pour qu'il ait
envie de le faire en cachette ? Sois raisonnable, discutez
ensemble de tes appréhensions, écoute ses explications, tâchez
de ne pas détruire votre vie avant la naissance de ce petit être !
- Si nous étions seuls, tout irait bien !
- Sally !! On n'est jamais seul dans la vie, il faut faire avec les
autres, pour les autres... en fonction des autres, bien souvent.
- Je ne vais pas accepter aussi facilement que ces violeurs
d'âme nous anéantissent. Tant pis si je passe pour une enfant
gâtée, capricieuse et intolérante...
Elle repartira chez elle ainsi, amère.
Dix heures, il n'est toujours pas là. Epuisée par des douleurs
lombaires, Sally se couche.
Onze heures, la porte s'ouvre. Magistral et bruyant, Renaud
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