Page 60 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          déposé dans notre corbeille de mariage.  L'intention y était... A
          moins que j'eusse été assez naïve pour croire que cet acte n'était
          pas dénué d'arrière-pensées ?
          -  Ne désespère pas, ma beauté, à partir d'aujourd'hui tout va
          changer. Vous êtes ici,  moi, je reviens vivre  là-bas, chez ma
          mère ! Nous allons avoir tant d'occasions de faire plus ample
          connaissance ! l'agresse-t-il froidement, un rictus déformant sa
          bouche.
          Ebranlée par ces paroles, elle court vomir dans les toilettes.
          Renaud s'empresse de venir la soutenir, les ayant vus discuter,
          Florentin et elle. Il l'interroge :
          - Que t'a-t-il raconté pour te mettre dans un état pareil ?
          - Que nous allions souvent le voir.
          - C'est tout ?
          Elle ferme les yeux et s'esclaffe :
          - Oui, c'est tout !!
          A dater de ce jour, elle tombe dans une névrose obsessionnelle.
          De la fenêtre du grenier, sous la charpente à colombage, cachée
          par une épaisse  couche de mousse veloutée, elle abrite sa
          malsaine démesure en espionnant les allées et venues de
          Renaud, surtout les fins de semaine quand il bricole dans
          l'atelier de  son père, ou part faire le marché, constamment
          soucieux d'offrir du frais, du beau, du bon à sa tyrannique
          épouse, comme il aime la chahuter.
          Puis viennent les soupçons, ceux  de l'haleine fétide jusqu'à
          l'imaginaire de  manigances sournoises, menées contre elle.
          Elle, presque plus femme, dont l'état ne s'arrange guère.
          Patiemment, Renaud démonte ses puzzles ridicules en  lui
          donnant son emploi du temps, les numéros de téléphone où le
          joindre, sans compter ses pertes de temps à venir déjeuner avec
          elle, le midi. S'il rendait visite à sa mère, en fin de  journée,
          c'était toujours en sa compagnie, pour un apéritif sobre et bref
          afin de se retrouver tous les deux, dans leur intérieur, encore en
          travaux. Lui, devant les fourneaux à préparer un simple repas
          au fumet délicat pour exciter l'inappétence de Sally, elle,
          devant la télévision, des aiguilles entre les mains, tricotant sans
          conviction des vêtements premier âge.
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