Page 63 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
de la veste de son mari. Indécent, pense-t-elle, ce qui la rend
agressive :
- Ne devais-tu pas être à la maison de bonne heure, hier au soir
?
- Les affaires ne se règlent pas toujours comme on le souhaite,
tu sais, dit-il d'une voix rassurante, pour endiguer l'énervement
qu'il sent explosif.
- Ou bien, Florentin t'a-t-il entraîné à ne pas rentrer si tôt ?
- C'est vrai que j'étais en sa compagnie... Sally crispe ses doigts
dans le renflé des draps.
- Normal, ce sont des clients à lui que j'ai rencontrés... alors
que pouvais-je faire d'autre ? essaie-t-il de justifier en levant les
bras au ciel, d'un ton égal.
- Hier, avant-hier, le midi, l'après-midi, les samedis,
les dimanches, tu es toujours avec Florentin ! Pas un jour,
depuis que nous sommes dans le pavillon de tes parents, où ils
ne viennent nous rendre visite... Les prétextes sont toujours
intéressants, des clients, ses chagrins, ses délires, des bonnes
nouvelles... Il a tout le temps quelque chose à te dire, te
montrer, t'apporter... souvent le soir... normal !
Renaud sait bien qu'elle a raison. Il reconnaît dans son for
intérieur, que depuis quelque temps, les manigances de son ami
ressemblent à celles de leur petite enfance. Roueries expertes
menées dans un but encore voilé mais dont Renaud sent le
dénouement proche. Il craint le pire entre Saïly et lui à chaque
fois qu'ils se croisent.
Doit-il encore le menacer ? Renaud s'en épuise par avance...
Comment peut-il supporter à nouveau de voir son ami blessé
dans la fragilité de leur amitié, lui qui se donne tant !
Sally, à ses côtés, souffre de son manque de fermeté. Que doit-
il faire ? Il est perdu.
- Nous parlons encore de Florentin, mais j'ai envie que nous
discutions de nous, de... l'absence de notre bébé, de...
- Il n'y a plus rien à dire, tu arrives trop tard. Je te quitte,
Renaud ! Florentin a gagné !
- Quoi ? Que vient faire Florentin dans notre malheur ? -
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