Page 67 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
vous saviez ce qu'ils sont étouffants ! La perte de mon enfant
me donne le courage de les fuir, je quitte tout pour
recommencer ma vie.
- Ne liquidez pas trop soudainement votre passé. Au cas où
vous auriez raison, il sera bien temps d'agir... N'oubliez pas que
pour votre mari, l'épreuve est rude, aussi éprouvante que pour
vous. Réfléchissez !
- Vous pensez que ce voyage est un bon remède ?
- Oui, Sally, partez ! Avec ma bénédiction !
* *
*
Effeuillage de la marguerite... Je t'aime, un peu, beaucoup...
ainsi va la vie...
Quand vos sentiments se perdent dans le néant, que votre
entourage vous porte ombrage, ne reste-t-il pas que la fuite
pour arrêter la poursuite de cette fallacieuse mascarade.
C'est, en tout cas, ce que croit Sally. Aussi, comment pourrait-
elle se réjouir de ce voyage, qui ressemble plus à une
débandade qu'à une réconciliation ? Malgré les efforts de
Renaud à jouer les devanciers pour satisfaire ses désirs.
Ils avaient atterri à Faaa, direction Papeete, situé au nord-ouest
de l'île de Tahiti, un début d'après-midi, voilà de cela trois
jours, sous un soleil plombé. La moiteur poisseuse de l'air,
étranglant la silhouette longiligne de Sally dans un fourreau de
cotonnade vichy, avait rendu intenable l'attente des bagages à
l'aéroport. L'extérieur
soulagea le malaise. C'est seulement, dans le bungalow
climatisé qu'ils purent se mettre à l'aise et se détendre devant
un cocktail de fruits, offert par la maison.
Le lendemain, de bonne heure, alors que Renaud dormait
encore, Sally partit marcher sur la plage. Le sable fin coulant
entre ses pieds nus stimulait son appétit sauvage
d'affranchissement, longuement entravé par la pesanteur de ces
présences indésirables.
Elle comprit que c'était maintenant ou jamais qu'elle devait se
purifier dans la transparence du lagon bleu-turquoise, à des
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