Page 72 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          - Votre fille est parfaite, il n'y a rien de plus à dire !
          -   Tu peux venir m'embrasser, lui rétorque-t-elle.  Après tout,
          nous ne nous sommes pas vus depuis si longtemps ! Au fait, as-
          tu appris que j'avais perdu mon bébé et que j'avais passé une
          semaine à la clinique ?
          L'arrogance naturelle de Florentin disparaît. Le  ton  de son
          interlocutrice ne permet ni le détachement ni la hargne.
          - Excuse-moi... Il baisse la tête, humilié.
          - Je te pardonne volontiers ! Je propose même un toast à notre
          nouvelle vie ! Renaud et  moi  avons rencontré des  gens
          merveilleux qui  nous  ont permis  de voir plus clair  en nous.
          Ces  "petites chamailleries" n'ont plus de raison de continuer.
          J'ai compris bien des choses... Tout d'abord, qu'avec vous,
          Marjorie,  l'origine de  nos tensions n'était que cette fameuse
          jalousie féminine et qu'avec toi, Florentin, la  dualité ne peut
          exister, parce que l'amour que nous
          portons à la même personne ne se ressemble pas. Je crois que
          j'envierai toujours  votre formidable  amitié,  mais je sais, à
          présent, que tu n'auras jamais l'amour qui nous unit Renaud et
          moi. L'amour d'un homme et d'un femme !... Voilà, à votre
          santé à tous !
          Exsangue, Florentin défaille. La respiration bloquée, il étouffe,
          avalant péniblement sa  salive. Tom, assis en face de lui, est
          effaré. N'a-t-il pas plaidé des cas semblables tout au long de sa
          carrière juridique. Il se souvient des questions, posées par
          Sally, sur  la jalousie. Aujourd'hui, deux ans après,  elles
          prennent un sens.
          Diane, mal à l'aise, écarquille les yeux et s'efforce de lui faire
          boire de l'eau. Marjorie s'interpose en l'emmenant dans la pièce
          voisine. Renaud, paniqué, suit sa mère.
          Les minutes qui suivent sont lourdes de repentance pour Sally.
          Tom, lui tient la main. Alfred cligne des yeux, rassurant.
          Le spectacle qui suit enlève ses regrets. Soutenu par Renaud,
          Florentin, plus pétillant que jamais revient s'asseoir :
          - Je boirais bien une coupe de Champagne !
          L'incident restera clos  jusqu'à leur départ. Dans l'allée, en
          partant, Florentin, d'un air narquois,  s'approche d'elle,
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