Page 69 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          savourent,  de douces rêveries, leur victoire. Une odeur de
          crustacés grillés excite  leur odorat. Ils existent... Ce soir,  ils
          iront danser.
          Danser, boire, voir du monde.
          Ils dégustent leur langouste quand, un couple, à la table
          voisine, les invite à se joindre à eux.
          - Faites-vous partie de ces tourtereaux rares qui pensent que le
          mariage   est   encore   une    honorable   institution    ?
          demande l'homme...
          Cheveux bouclés, gris, aux tempes dégarnies, il doit avoir dans
          les cinquante ans. Son  nez droit, les pommettes saillantes lui
          donnent un air autoritaire. Mais dès qu'il s'exprime, le charme
          s'accomplit. Sa voix douce et chaude, son sourire tendre et le
          soulèvement de l'arcade sourcilière dans l'étonnement,  lui
          rendent l'élégance de son âme. Il s'appelle Paul.
          - Oui, répond Renaud, nous sommes en voyage de noces, enfin,
          presque... Et vous ?
          La femme s'efface devant la réponse de son mari :
          - Dix ans de mariage, mon cher !
          - Et vous vous aimez toujours aussi fort ? intervient Sally, fort
          intéressée par la réponse.
          -  Plus qu'avant ! continue l'homme. Voyez-vous, énormément
          de gens pensent que le mariage est une finalité en soi. Mais pas
          du tout ! C'est le début d'une extraordinaire aventure !
          - Vous n'avez jamais de querelles ?
          -  Ah ! Chère petite madame, sachez que le mot aventure  ne
          veut pas dire tranquillité et rigorisme ! Vivre des hauts et des
          bas, des passions  et  des déchirements, sont des passages
          obligatoires dans la vie de tous les jours ! C'est être et ne pas
          être... Mourir pour revivre, c'est...
          Son  épouse pose les avant-bras sur le rebord de la table,
          regarde Sally, puis Renaud :
          - Merveilleux, n'est-ce pas ! Remarquez l'effet que je lui fais !
          Elle, petite femme délicate, brune, aux pattes d'oie charmeuses,
          sans beauté, simplement  unique dans l'éclat de sa maturité,
          inspire, dans le don de sa présence, l'envie de la ressemblance.
          Elle s'appelle Justine.
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