Page 73 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 73
Violeurs d'Ame
l'embrasse d'une étreinte sauvage et brutale.
Plus tard, alors qu'elle se coiffe, le déclic du téléphone, trop
sourd pour être honnête, l'indispose.
Aussi rusée que Renaud, en catimini, elle va dans la chambre,
décroche doucement l'appareil et écoute.
Trois, quatre sonneries... Florentin répond.
D'une voix à peine perceptible, Renaud parle :
- C'est moi !
- Elle t'a donné la permission de m'appeler, quelle épouse
sensationnelle !
- Arrête î murmure Renaud, las. Je viens m'excuser pour son
comportement, ça ne te suffit pas ? Que faut-il que je fasse
encore ?
- Oser t'exprimer plus fort pour qu'elle puisse t'entendre, avoir
le courage de lui dire que tu m'aimes et que tu as besoin de
moi, l'obliger à m'accepter entre vous, comme je le fais avec
Clara.
- Florentin !... Je suis marié et j'aime éperdument ma femme !
- Et moi, alors ?
- Ecoute-moi...
Renaud reprend son souffle avant de continuer :
- Il m'est impossible d'être sans arrêt avec toi. Depuis trois
mois, nous déjeunons ensemble, tu appelles à la maison, selon
tes envies... donc à n'importe quelle heure. Tu es désagréable si
je suis en retard à nos rendez-vous et lorsque nous sommes
ensemble tu passes ton temps à dénigrer Sally, à pleurnicher
sur le déclin de notre amitié... J'en ai plus qu'assez, Florentin...
- Elle, elle ne te dit rien, peut-être ?
- Mais elle est ma femme, Florentin ! Tu entends, ma femme !
Elle a le droit, et tellement d'occasions, de se plaindre de mes
négligences !
À l'autre bout, son vieil ami pleure. La gorge nouée, Renaud
s'excuse de sa dureté et raccroche. À l'étage, c'est la
consternation :
- Ils sont dingues ! pense-t-elle effarée.
Il montera se coucher. Elle dormira, du moins, le croit-il.
* * *
70

