Page 75 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          santé, ne nécessitant plus d'attention, elle ne veut être redevable
          à sa belle-mère d'une quelconque largesse.
          Aussi, cette soirée est-elle bien triste, sans Angeline et Renaud.
          Instinctivement, elle se dirige vers le bureau  de son mari,
          comme elle aime le  faire chaque  soir. C'est son domaine.
          L'image de  sa présence efface l'absence,  mais rend l'endroit
          plus vivant. Un désordre indescriptible la surprend. Des papiers
          traînent partout et des piles de dossiers sont entassées aux
          quatre coins de la pièce.
          Cette pagaille l'émeut. Heureuse d'être utile, elle retrousse les
          manches de sa veste de pyjama et s'affaire de bon coeur.
          À la recherche de place, elle ouvre les placards et les tiroirs. Le
          classeur  à  cylindre résiste à  l'implacable volonté de Sally.
          Déterminée, elle insiste. Sans résultat. Intriguée, elle cherche à
          comprendre... Fouille dans les pots  où tout autre objet creux
          pour trouver la clé. Rien, la clé reste introuvable. Alors le défi
          commence... Achevée la paix, voilà venue l'heure de vérité ! Sa
          méfiance, indomptée à ce jour, voit enfin l'heure de son salut.
          Une intuition...
          Elle finit par la  trouver sous un meuble.  Fébrilement, elle
          ouvre, pousse des papiers  impeccablement rangés, bouscule
          l'ordre des fournitures engrangées pour des années, et
          découvre, après une ténacité farouche, l'objet de ses craintes, si
          longuement suspectées. Deux bouteilles de whisky, à moitié
          vides ainsi que des dizaines de bières, un mini-bar en quelque
          sorte, sont étalées sous ses yeux ahuris,  provocantes et
          désolantes. Furieuse, elle les prend et les brise contre le mur.
          Un bristol tombe par terre. Quelques lignes, vite rédigées, sont
          écrites par  Marjorie :  "BONNE FETE MON CHERI !  TA
          MAMAN QUI T'AIME !"
          Peut-être y en a-t-il ailleurs ?...
          Abasourdie elle monte se rafraîchir dans  la salle de bains  de
          leur chambre puis s'allonge, tortillée par d ' affreuses douleurs
          abdominales. Le souffle court, sa vue se brouille, elle se
          précipite dans les  toilettes,  se penche et vomit. Dissimulé
          derrière la tuyauterie, un sac blanc, couleur du mur, attire son
          attention, elle le prend, dessus est écrit : "PROFITE-BIEN DE
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