Page 64 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
Comme je te le disais, je ne veux plus subir son omniprésence.
Finis les appels à des heures indues, les rendez-vous bidons,
son sans-gêne, son air moqueur, ses paroles blessantes, ses
allusions perfides... Et de ta mère aussi, j'en ai marre, de son
ingéniosité stupide pour t'attirer chez elle. Quant à
l'indifférence de tes frères, elle m'exaspère, sans oublier, tes
idiotes de belles-soeurs qui subissent sans courroux les
minauderies de ta mère... À se demander comment ton père et
Albine peuvent vous endurer ! Eux, je les aime... mais ça ne
suffit pas ! Heureusement, j'ai Angeline. Elle au moins, me
prête ses genoux pour reposer ma tête, me donne son affection,
aime me voir sourire, me raconte des histoires pour me
distraire, me gronde quand je le mérite. J'existe !
Renaud, livide, murmure :
- Ce n'est pas vrai, tu ne me quittes pas ?
- Si. Sors, je suis fatiguée. -SALLY!!
Tom entr'ouvre la porte. D'un signe, il demande à son gendre
de sortir.
Assis dans le hall, au soleil levant, les deux hommes discutent
toujours.
Par des gestes larges, désireux de convaincre, Renaud s'efforce
de clarifier la situation. Impossible pour lui d'envisager de
vivre sans sa femme, plutôt mourir ï Inacceptable la
condamnation sans sommation d'hier soir ! Intolérable le
manque de l'Autre, de sa chair et de ses colères. Mieux vaut
souffrir à ses côtés que survivre sans l'Aimée...
Avant de repartir, il griffonne quelques mots sur un morceau de
papier et prie Tom de le remettre à Sally.
Pauvre Tom, mêlé malgré lui à cet inévitable conflit...
Par la fenêtre, Marjorie aperçoit son fils, il se dirige vers la
maison. Il marche d'un pas volontaire et semble en colère. Ne
présageant rien de bon, elle adopte une attitude compatissante.
Renaud, pas dupe, la remarque, ce qui l'irrite profondément :
- Je t'en prie, Maman, pas de faux-semblant avec moi ! Si Sally
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