Page 58 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 58

Violeurs d'Ame


          Triste devant son manque d'indulgence, Renaud va se coucher.
          Non, elle ne doute pas de lui, mais des autres. Ils voueraient
          leur âme au diable pour le garder.
          Avant de s'endormir, elle s'inquiétera de ne pas encore sentir
          bouger son enfant...
          * *
          *

          Le déménagement.
          Exécuté par des professionnels, Sally n'a pas eu à se fatiguer.
          Aurait-elle  pu s'investir dans cette tâche  ? Chaque jour, sa
          lassitude grandît.
          De plus, la destination du chargement ne lui plaît pas.
          Elle a eu l'occasion de visiter son nouveau domicile. Avec tact,
          Marjorie, s'était abstenue de servir de guide,  réservant  cette
          priorité à son enfant. Bien que plantée derrière ses carreaux, les
          jumelles en main.
          Pour ne pas  être pourfendeuse et briser l'humeur joyeuse de
          Renaud, elle n'avait dit mot sur l'impression désastreuse
          ressentie à la vue des meubles, vestiges d'une mode surannée,
          et des murs blanc-crasseux.
          À  présent,  elle est bien obligée de suivre le camion et roule
          dans l'allée, menant à l'aile gauche de la grande bâtisse. Leur
          pavillon.
          Dès qu'elle pénètre à  l'intérieur,  Marjorie  est là, aérant les
          pièces longtemps privées de soleil. Une nausée lui soulève le
          coeur.
          -    L'intérieur n'est guère charmant pour l'instant,  ma chère
          enfant,  mais vous avez toute latitude pour transformer cette
          vieille demeure en "home" coquet et agréable ! Bien sûr, nous
          réglerons les factures !
          En guise de remerciements, Sally  hoche la  tête, en se disant
          "Ben voyons !"
          Marjorie, devant tant d'ingratitude, tourne les talons et rejoint
          son mari qui stoppe la voiture.
          - Elle est bien difficile, cette petite !
          - Vous lui avez, peut-être, trop forcé la main, ne penses-tu pas
                                        55
   53   54   55   56   57   58   59   60   61   62   63