Page 84 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 84

Violeurs d'Ame


          tienne, à bout de bras il faut sans cesse la porter, l'imposer au
          plus récalcitrant, lui montrer  son attachement, la chérir pour
          qu'elle vive et t'éblouisse. Comprends qu'une épouse, dans un
          foyer, c'est la lumière qui brille et  qu'il faut prendre soin  de
          remplacer les ampoules grillées  afin que jamais ne s'éteigne
          votre amour...
          - Que dois-je faire ?
          -  Donner à chacun sa place, rien que sa place et seulement sa
          place !
          Renaud plisse les lèvres en signe de découragement. Paul n'en
          attendait pas moins, il lui tape dans le dos :
          - Courage, jeune homme ! La vie vaut bien cela.
          - La vie vaut bien quoi ? demande Justine en entrant dans la
          pièce.
          - C'est une histoire entre hommes !
          Pour changer de conversation, Paul leur rappelle que la Suisse
          est un pays où il fait bon vivre et que c'est avec plaisir qu'ils les
          accueilleront.
          Sally surenchérit à l'enthousiasme de Paul en demandant l'avis
          de Renaud. Celui-ci bégaie :
          -  J'aurai du mal à quitter mon travail, notre nouvelle maison,
          mes...
          Sally l'interrompt sèchement et dévie cet épineux dialogue en
          suggérant de passer à table.
          Paul, homme heureux,  blague. En maître de céans, il oblige
          chacun à dévoiler ses folies secrètes. Justine, la première, joue
          le jeu :
          - Si je devais mourir demain...
          -  Nous deviendrions les Bonnie and Clyde, rétorque Paul, en
          dévalisant des banques !
          Ils éclatent de rire. Plus sérieuse, Sally, prend la parole :
          - Moi, je serais clocharde !
          - Pourquoi ?
          - Je n'en sais rien ! De les voir aussi stupéfaits, elle glousse et
          ajoute  : je le ferais  ! J'irais traîner dans  le "Jardin des
          Artistes"...
          - Tu n'y penses pas ! s'écrie Renaud.
                                        81
   79   80   81   82   83   84   85   86   87   88   89