Page 89 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 89
Violeurs d'Ame
- S'il y a une trêve, je vote pour... Mangeons, je meurs de faim !
Elle saisit le bon moment de la soirée pour faire avouer à
Renaud qu'il n'était pas allé travailler et qu'il n'irait pas de la
semaine. Il s'en explique en aparté, entre deux plats :
- Sept jours de ma vie pour avoir enfin la paix, ça vaut le coup,
non !
L'ambiance ne se prête pas aux jérémiades ni au pessimisme.
Aussi, elle acquiesce, sans conviction.
* * *
Froidure, fêlure, gerçure, blessure... qui durent... Coupures !
La semaine est terminée. Bien que convenant avoir passé de
bons moments en la compagnie des deux hommes, Sally est
contente de voir s'achever la responsabilité de l'encombrante
déprime de Florentin.
Les premiers soirs furent aux consolations, aux prévisions, aux
ambitions.
Au quatrième, la douleur se mélangea aux pleurs. Les derniers
déclins du jour s'avérèrent chagrins, malins, mutins parfois.
Perspicace, Sally y vit là, la fin de la trêve, surtout le samedi
soir, donc l'avant-veille, quand Florentin avait évoqué le
suicide.
Dans leur lit, elle s'était moquée, au grand mécontentement de
Renaud, du comportement de Florentin. Féline, déjouant sa
colère par des caresses coquines, elle suscita un assaut
fougueux dissipant une discussion ennuyeuse.
Ce détournement de "majeur" lui fit comprendre le plaisir
malsain que tirait Florentin à réduire son ami à la soumission.
Puis, le dimanche démontra à Sally sa mauvaise intuition.
Florentin prépara ses bagages, non sans tristesse, mais
résolument fataliste.
Alors, ce matin, Sally est confiante. Florentin s'en va.
En buvant son chocolat chaud, ses idées s'évadent. À l'étage,
c'est une empoignade. La panique lui glace les veines. Elle sait.
Quand Renaud descend et s'approche d'elle, les mâchoires
serrées, elle ferme les yeux :
Sur le chemin du retour, elle pense à ses murs fraîchement
décorés, à ses meubles, pas finis de payer, à sa pelouse, jamais
86

