Page 92 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          - J'en ai marre ! Vous me bouffez la vie à vous chamailler ainsi
          ! Je sors me promener, débrouillez-vous, entre-tuez-vous, j'en
          ai rien à foutre ! À ce soir !
          Il sort en claquant la porte. Interdite, elle ne le retient pas. Sans
          contrôler ses impulsions, elle grimpe les escaliers, cogne à la
          porte de  la chambre de Florentin et entre, avant d'y être
          autorisée :
          -  Florentin, tu n'es qu'un sale type ! C'est impossible,  tu ne
          resteras pas un jour de plus dans cette maison. Jouer la comédie
          à ton copain, c'est facile, je te l'accorde, mais pas à moi. PAS A
          MOI ! braille-t-elle, rouge de colère... Et si tu envisages
          sérieusement de te suicider, dépêche-toi, j'en serais ravie !
          Etendu sur le lit, les mains derrière la tête, les jambes écartées,
          Florentin ne bouge pas. D'un air méprisant, il la cloue sur place
          :
          -  Je me suis montré sympathique  pendant  cette semaine, tu
          pourrais m'en remercier, au lieu  de vociférer des inepties.
          N'essaie pas de m'égaler, ma chère Sally, tu ne seras  jamais
          aussi odieuse que moi !
          Tout en disant ces mots, il se relève d'un bond en la menaçant :
          - Quant au prolongement de mon séjour dans cette charmante
          maison, sache, ma jolie, que Renaud a déjà accepté... alors, à
          tout à l'heure, en famille.
          Incapable de répliquer, elle décampe sans prendre la peine de
          refermer la porte. Dans son dos, des ricanements sardoniques
          lui donnent la chair de poule.
          À  son tour, elle sort de cette maudite "baraque", avant  de
          commettre l'irréparable.
          Il fait froid. Le vent glacial cingle son visage et ses bras nus.
          La tempête se lève, la neige tombe. Les ramures enchevêtrées
          de la forêt l'attirent dans leurs toiles de méandres ombreux. Elle
          s'enfonce jusqu'à ce que le clair-obscur éteigne les pâles cônes
          de rayons lumineux. Dès que  la brume de la  lune épaissit la
          frondaison, Sally a peur du feuillage ligneux, comme dans le
          livre d'images de Blanche-Neige. Elle court se réfugier dans la
          ville encore animée.
          Ces heures d'égarement n'enlèvent rien à sa haine vindicative,
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