Page 97 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          sortir son ami...
          Il est aussi très présent ! Jamais il ne laisse  la place et  ne
          s'efface. Il décide du menu, organise les loisirs, donne son avis
          sur la toilette de Sally et conseille Renaud dans ses affaires.
          Il en est ainsi depuis qu'un jour, peu après le décès de Joséphé,
          il a annoncé quitter son emploi pour ne se consacrer qu'à eux.
          Ce sacrifice méritait des remerciements, il n'en eut pas et s'en
          offusqua.
          - Tu es vraiment bon, Florentin !, ironisa Sally, alors que son
          état n'était pas encore vaillant. Renaud ne réagît pas. Elle était
          alors montée se coucher, sans larmes. Elle n'en avait plus...
          Ce soir, elle attend que Renaud monte la voir. Elle veut faire
          l'amour et se prépare.

          Allongés sur le lit, ils s'embrassent et se caressent. Lentement,
          ils se blottissent au creux de leurs désirs et s'échappent dans
          l'engourdissement voluptueux de leurs sens. Ils s'aiment à fleur
          de peau en s'enfonçant  dans l'oubli jusqu'à l'extase.  Sally ne
          retient plus ses cris, Renaud libère son plaisir...
          Rassasiés d'une gourmandise trop vite dévorée, ils se tiennent
          par la main savourant la bataille.
          Cette  longue abstinence, après les terribles événements, sa
          maladie et les interminables soirées passées en compagnie de
          Florentin, n'a fait que rendre plus fébriles ces instants intimes.
          Ils s'imaginent seuls, pourtant...
          Derrière la porte de leur chambre,  assis par terre, des larmes
          rageuses  coulant sur les joues, Florentin souffre de les
          entendre.  Il a bien essayé de se  boucher les oreilles  en se
          cachant sous le polochon... mais ces ébats impudiques
          l'obsédaient. Même, la  radio, à fort volume, écoutée sous  le
          casque, n'avait pu éteindre le feu attisé par le cri des amoureux.
          Sans que flamme ne s'éteigne, il avait rejeté ses couvertures et,
          collé à la porte, aimanté par ces amants, il était là, à fabuler.
          Accroché à leurs soupirs, sans pouvoir se désenchaîner  de
          sentiments interdits.
          Insoutenable impudeur  que l'imagination ! Il devient fou. Le
          sang bouillonne dans ses veines. Enfiellé, il descend au salon,
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