Page 90 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
tondue, à son noisetier, son voisinage qu'elle ne connaît pas, à
cette route qu'elle pratique pour la troisième fois. Pas installée
et déjà l'envie de s'en aller.
- Si je le tuais ! pense-t-elle froidement.
Les kilomètres restants servent à échafauder des plans
machiavéliques pour abattre Florentin.
- Que cela fait du bien ! se réjouit-elle après l'avoir assassiné
plusieurs fois dans son imaginaire.
Devant la porte, elle respire et entre, joyeuse.
Dans la cuisine, des voix chantent à tue-tête. Elle les rejoint :
- Ma chérie ! Quelle mine radieuse ?
- C'est qu'elle doit avoir trouvé la manière de m'éliminer,
intervient Florentin, la tête enfouie dans le réfrigérateur.
- Comment l'as-tu deviné ?
- N'est-ce pas la seule pensée qui puisse te réjouir autant ? Pour
l'instant, contente-toi de goûter ce ragoût !
- Toi d'abord, on ne sait jamais, si tu l'avais empoisonné !
Renaud proteste. C'est lui qui l'a préparé.
- Dois-je te faire encore confiance, mon cher Amour.
- CHERIE !
La salle à manger est en fête. Un énorme bouquet de fleurs
automnales, dans des tons ocres, jaunes et bruns trônent sur la
desserte. La table revêtue de ses atours et la vaisselle assortie
s'harmonisent avec goût.
- Tu sais, ma chérie, nous avons préparé cette surprise avec
amour, hein, Florentin ?
- Madame, a en effet, bien de la chance ! répond-il sans
détourner les yeux, rivés à ceux de Sally, du moins dans son
décolleté.
- S'il y a une trêve, je vote pour... Mangeons, je meurs de faim !
Elle saisit le bon moment de la soirée pour faire avouer à
Renaud qu'il n'était pas allé travailler et qu'il n'irait pas de la
semaine. Il s'en explique en aparté, entre deux plats :
- Sept jours de ma vie pour avoir enfin la paix, ça vaut le coup,
non !
L'ambiance ne se prête pas aux jérémiades ni au pessimisme.
Aussi, elle acquiesce, sans conviction.
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