Page 198 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 198

Violeurs d'Ame


          Garibaldi sort de la chambre et revient avec des valises :
          - Eh bien ! Qu'attendons-nous ?
          C'est ainsi qu'ils se retrouvent à Londres. Diane et Tom, à la
          descente de l'avion, les attendent avec impatience. Sans  faire
          d'allusion au mauvais état de santé de Sally, ils se plaisent à
          montrer leur soulagement de la savoir chez eux. Garibaldi, lui,
          consent  à partager ses  responsabilités, trop lourdes parfois à
          endurer seul.
          Au début de leur séjour, rien ne s'arrange comme prévu. Sally
          dort dans sa chambre, Garibaldi dans une autre. Dans l'attente
          que l'irréel se mêle au  mortel, ils assistent à des scènes
          pénibles, insoupçonnées par les parents de la malade.
          Chaque soir, ils soupent avec le couple. Inlassablement Diane
          les oblige  à revivre le calvaire  de sa fille en posant des
          questions...
          Sauf, ce dîner-ci, où ils ne sont que trois à table et que Diane
          surprend son entourage :
          - Aucun papier ne formalise votre union avec ma fille, dit-elle à
          Garibaldi, mais soyez-en sûr, vous êtes pour nous, un membre
          de la famille...
          Ils rient quand, gauchement, Garibaldi avoue sa difficulté à
          l'appeler dorénavant "Maman", vu qu'il est aussi âgé qu'elle...
          Sally, de sa chambre, intercepte leurs éclats.
          -  Jamais détente n'avait été semblable avec Renaud, pense-t-
          elle peinée.
          Renaud !... Avant Renaud... Bien avant... Elle, enfant, désolée
          de repartir  chez sa mère, à Paris. Elle encore, jeune fille,
          suppliant son père de la garder à  ses côtés...  Elle toujours,
          exigeant de sa mère qu'elles déménagent pour venir s'installer
          ici... Ce désir insensé d'appartenir à cette ville, à cette maison...
          Etait-ce parce qu'elle quittait les lieux avec déchirement qu'elle
          leur vouait une telle adoration. Etait-ce à cause de ce père, trop
          peu connu, à la paternité mutilée ? Elle n'avait guère eu
          l'occasion de réfléchira ses déchirures, sauf lors de son séjour
          avec Renaud.
          Elle se revoit, assise dans le rocking-chair... Ne pensait-elle pas
          avoir tourné une page de sa vie ? Celle  de l'enfance...
                                       195
   193   194   195   196   197   198   199   200   201   202