Page 167 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          bonheurs d'une ville en liesse.
          En bon carioca, le conducteur se faufile dans le flux dense et
          fluide du centre ville, en évitant  les piétons et les véhicules
          indisciplinés. Sally, confiante, s'émerveille  de tout. De
          l'animation de la rue, de la décontraction de ce peuple métissé,
          de la végétation luxuriante, des couleurs bariolées des étalages,
          des passants, des endroits de plaisirs, vie trépidante où l'ennui
          doit être banni du vocabulaire brésilien.
          Elle se promet d'aller visiter ce paradis  de lumière en
          mouvement perpétuel, en commençant par un bain de soleil sur
          la plage de  Copacabana, mais, en attendant ce privilège
          touristique, le chauffeur amorce une  marche avant,
          parfaitement contrôlée. Garibaldi est devant elle.
          - Enfin, te voilà ! Comme tu m'as manqué !
          Derrière eux, à travers les vitrines d'exposition, les admirateurs
          du "Maître", s'émeuvent devant cet homme  meurtri de
          l'absence amoureuse. Sally regarde au-delà, au fond, en contre-
          jour, la silhouette de Florentin. Son visage  est  voilé par une
          ombre... Elle devine...
          Lui de son côté, jongle  maladroitement avec une cacahuète
          pour contenir son irritation. La scène, à ses yeux, grotesque et
          pitoyable pour un homme de la trempe de son oncle, lui
          soulève le coeur. Prestement, il détourne son regard et
          interpelle sa voisine. Celle-ci, trop occupée à bailler devant ce
          spectacle navrant, le rend encore plus morose.
          Sa haine grandit quand il la voit entrer au bras de Garibaldi.
          Elle est magnifique, le public s'extasie. Le Maître, fier,
          présente sa muse à des hommes convaincus et à des femmes
          connaisseuses.
          Affable, Sally salue, Alissia Martinez, la directrice et toutes les
          personnes  qui les entourent. Son horizon s'efface devant
          Florentin. Il s'avance, les mains dans les poches, prêt à envoyer
          une indélicatesse pernicieuse pour la suite du séjour. Garibaldi
          stoppe son élan :
          - Si ces messieurs dames veulent bien fêter mon bonheur avec
          moi, je leur conseille de s'approcher du bar !
          Il prend un verre et s'avance vers Florentin :
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