Page 170 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 170
Violeurs d'Ame
Elle mangera avec eux. Se promènera dans les parcs et le
Jardin botanique. Fera le tour des merveilles brésiliennes et se
recueillera dans les églises pour finir par choisir un autre
chemin.
Elle se faufile dans les rues de la vieille ville. L'atmosphère est
lourde, la misère s'affiche. Elle marche lentement obligée de
monter la côte abrupte la tête baissée. Un mendiant, un peu
plus haut, fait l'aumône :
- Cruzado... belle Madame ! Elle continue son chemin et...
- RENAUD ?
Lui aussi l'a reconnue. Il se lève d'un bond, rajuste son pantalon
et ferme sa chemise. Sans se quitter des yeux, ils se
rapprochent l'un de l'autre. Elle, jolie, attirante, femme. Lui,
dépenaillé, sale, fragile. Tremblante, elle le touche :
- Mon Renaud ! Qu'es-tu devenu ? Pourquoi ? Que fais-tu ici,
dans ce pays ?
- Tu n'as pas changé, il faut toujours que tu poses des tas de
questions, dit-il, attendri.
D'un ton grave et intense, il ajoute :
- Et tellement belle !
- Viens, partons d'ici, l'invite-t-elle à fuir. Cet endroit est
sordide !
- Là au moins, je suis sûr qu'il ne viendra pas me chercher !
- Qui cela ?
Il pâlit :
- Lui !
Elle fait volte-face et voit venir, au loin, un homme à l'allure
voûtée, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon,
l'air sournois.
- FLORENTIN ! Tu savais qu'il était ici ? panique-t-elle.
- C'est une longue histoire !
De plus près, Florentin est diabolique. Les yeux plantés dans
les siens, elle reste muette.
- À ce que je vois Madame à plus de flair que moi ! D'ailleurs,
je n'en doutais pas puisque je te suis partout depuis trois jours.
Vous deviez vous rencontrer... le destin !... Inévitable pour
vous comme pour moi... C'est pour cela que je suis encore entre
167

