Page 175 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 175
Violeurs d'Ame
chez toi !
- Oui, je le sais ! Je ne le savais que trop... Enfin, après être
ivre-morts, il a payé, nous sommes partis en direction de la
maison. Je voulais récupérer la voiture, rentrer et t'enlever à
cette misérable existence. Nous marchions au bord du quai,
mon envie d'uriner m'a éloigné de Florentin, quand je suis
revenu, il n'était plus là. Quand je me suis aperçu que les eaux
l'avaient emporté, je me suis enfui...
Durant quelques jour, je suis resté terré dans une chambre
d'hôtel, sans boire ni manger, fiévreux et indécis. Puis, l'idée de
disparaître, à tout jamais, s'est imposée à mon esprit. Partir,
mais où ? Rio ! Voilà, l'endroit où je devais m'exiler. Sais-tu
que c'est ton mari qui nous a fait aimé ce pays à Florentin et à
moi ? Ses toiles nous fascinaient. Enfin, les photos que
Florentin voulait bien me montrer !
- Et moi ?
- Toi ? Je t'avais désenchaînée, redonné ta liberté avec l'espoir
d'un monde meilleur ! J'accomplissais une bonne action, me
semblait-il.
- Et Florentin ? Quand a-t-il fait irruption dans ta vie ?
- Lorsque j'ai débarqué à Rio, il m'attendait !
- Comment ?
- Il s'en doutait, m'a-t-il dit. Sitôt qu'il m'a aperçu sortir de
l'aéroport, il a éclaté de rire. Comme un gosse. Nous nous
sommes serrés la main et il m'a guidé jusqu'à son hôtel. Les
premières semaines ont été outrageusement immorales. La
boisson, les filles, les nuits blanches, la drogue, la bagarre... Le
déshonneur, en quelque sorte... J'étais inconscient, Florentin,
lui, était lucide, trop lucide... machiavélique.
- Quand l'as-tu réalisé ?
- Depuis que je t'ai revue.
Renaud pose sa voix avant de continuer :
- Un jour il est venu à l'hôtel avec une bande de malfrats. Ils
avaient besoin de trafiquer dans un compte bancaire... Nous,
nous avions dépensé tout notre argent et en plus, nous traînions
des dettes de jeu. Je n'avais pas le choix. Ce trafic a duré
quelque temps... jusqu'à ce qu'on me jette en prison. J'y suis
172

