Page 191 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 191
Violeurs d'Ame
- Vous peignez toujours la même personne et pourtant vous la
vieillissez de plus en plus, est-ce voulu ?
Cette remarque l'exhorte à une plus grande attention. Dès qu'il
revient auprès de Sally, il l'observe avec un oeil différent, puis
s'isole dans son atelier. Frappé de constater que Sally change
réellement de jour en jour, il prend peur et dort difficilement
cette nuit-là.
Elle est blottie contre lui. Sans sommeil...
Un mois plus tard.
Sally va de plus en plus mal. Garibaldi continue de la peindre
chaque jour et n'a plus besoin de comparer ses toiles avec la
réalité.
Dorénavant la pose de Sally est celle d'un vieille dame. Elle ne
sourit même plus depuis qu'elle s'est regardée dans une glace.
Sa seule force est l'entretien de ses cheveux, encore
magnifiques.
Ils ne sortent plus guère. Garibaldi s'attarde le matin, avec les
commerçants, les voisins, pour se donner le courage de
travailler les traits fatigués de son modèle.
Heureusement, Valère et Ninon, restent fidèles. Ils passent
deux fois par jour, pour dire bonjour et bonsoir. Ils les
attendent avec impatience. Valère a perdu sa gouaille et Ninon
son flegme. Souvent les deux femmes s'isolent dans la cuisine
et discutent tranquillement.
Encore une semaine d'écoulée. Sally ne cesse de répéter :
- Florentin est dans mon corps, il me fait mal, Garibaldi... Fais
quelque chose !
Garibaldi, cette fois, agit... Demain matin ? Dix heures ? Très
bien !
À son réveil, Garibaldi tâte l'oreiller d'à côté, Sally n'y est pas.
Neuf heures. Inquiet, il fait le tour de l'appartement, elle est
nulle part.
Neuf heures trente. Il commence à s'énerver. Elle n'a pas laissé
de petit mot et le médecin est attendu dans moins de trente
minutes.
On sonne à la porte. Le toubib. Confus, Garibaldi excuse
l'absence de sa femme. L'homme repart, mécontent d'avoir
188

