Page 192 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
monté tous ces étages, à pied, pour rien. Garibaldi referme la
porte, furieux.
Deux heures plus tard, celle-ci revient, radieuse, le corps
redressé, la coiffure soignée, le vêtement neuf :
- Regarde ce que je me suis acheté, dit-elle en virevoltant
autour de lui.
- Sally ! Tu as oublié que le médecin venait t'ausculter ce matin
?
- Le médecin ? Mais je n'en ai pas besoin... Je suis en pleine
forme, mon chéri... emmène-moi manger une saucisse-frites
chez le "Farfelu"... J'ai envie de croquer la vie !
Il n'en revient pas, mais se tait.
Ils marchent côte à côte, il la tient par les épaules. De la
vieillotte de ces derniers jours, il n'en reste rien. Il la sent
grande et droite, impétueusement pressée d'aller s'amuser...
Avec urgence. Elle s'émerveille de peu, rit à tout propos et,
parleuse insatiable, abuse des mots à s'en griser.
Abasourdi devant une telle transformation, Garibaldi ne répond
que par onomatopées sans s'empêcher de chercher une logique
à ce changement soudain. C'est une fois arrivés chez le
"Farfelu" qu'il oublie ses soucis. L'accueil y est chaleureux,
propice à l'oubli des ennuis.
De plus, personne ne pose de question. Leur discrétion
empêche les maladresses et puis, pense Garibaldi, le temps est
compté, autant en profiter pleinement. Ni Sally, extravertie, ni
Garibaldi, sur ses gardes, ne s'illusionnent.
Dès que tous les habitués sont autour du comptoir, le cafetier
baisse le rideau. La fête peut commencer.
Epicuriens pour un soir. Ils repartent enivrés.
Leur quiétude ne dure pas. Dès le surlendemain l'état de Sally
s'aggrave. Elle ne dort plus.
Garibaldi comprend qu'un médecin, si Sally est réellement
possédée par les maléfices de Florentin, ne servira à rien. Un
de ses amis, prêtre, accepte de la visiter. Il en parle avant avec
Sally, qui, dans un moment de lucidité, le supplie de le presser
de venir.
Avant même que l'homme d'église n'arrive chez eux, sans
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