Page 110 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
- Puisque nous parlons de ma femme, de nous... Si je vous ai
demandé d'être ici, maintenant, c'est que je tenais à vous faire
part d'une décision que j'ai prise.
- Mon chéri, tu m'affoles ! Que...
- Tais-toi, Maman ! Cette décision est définitive... J'emmène
Sally vivre en Suisse !
Marjorie, les mains sur les tempes, gémit :
- Ce n'est pas possible, tu ne vas pas partir aussi loin !
Réfléchis !
- C'est déjà fait... je n'ai pas fini... J'ai aussi décidé de ne plus
jamais revenir ici.
Florentin, assis sur un tabouret du bar, se lève brusquement.
Marjorie, interdite, ne bouge plus.
- Ainsi elle a gagné ! s'écrie Marjorie après un long moment de
silence.
- Elle a le droit au bonheur, à la chance, à la vie... Oui, elle a
ces droits, et moi, j'ai des devoirs, Maman... Florentin, vous
comprenez, j'ai des DEVOIRS ! Celui de combler ma femme,
celui d'être un homme libre, celui d'être responsable. Qu'ai-je
fait jusqu'à aujourd'hui ? Je lui ai offert, un ami envahissant,
une mère rébarbative, des orages, des peines, des ennuis de
santé. Il faut que cela cesse. J'ai besoin de vous, mais je meurs
sans elle, alors je n'ai pas le choix...
Marjorie le surprend, elle se jette à ses genoux :
- Je n'avais pas réalisé que vous étiez si malheureux ! Je te prie
de m'excuser pour ces années d'égoïsme. Pardonne-moi !
Décontenancé, Renaud s'empare d'une bouteille et se sert à
boire. Derrière son dos, il ne voit pas les regards échangés,
pourtant, il les imagine. Trahi ! Il en a marre, ce soir, tellement
marre !
Les bouteilles se vident. Ils commencent à délirer. Marjorie va
se coucher leur laissant le bar.
- Florentin ?... Qu'as-tu fait à Joséphé ?
- Sally a raconté des histoires !
- Ne me mens pas, Florentin... Pas entre vieilles connaissances,
Comme nous ! ! Ne sommes-nous pas de grands copains ?
- Tu vas entendre une phrase peu courante dans ma bouche et
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