Page 113 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
la boîte aux lettres.
Installé à sa place, dans l'avion, il épluche sa correspondance.
Une lettre, venue de France, à l'écriture indécise, irrégulière,
attise sa curiosité. Il la décachette à la hâte. Au fur et à mesure
qu'il la lit, son visage se décompose.
À présent, le pli est entre les mains de sa fille.
Marjorie croise les doigts. Elle prie. Sally lit à voix haute :
"Mon cher Tom,
J'ai raté ma vie, ce n'est pas grave. Je ne gâcherai pas celle de
Sally. Soyez certain de mon amour profond pour elle. Je n 'ai
pas été un bon mari, pas plus un bon ami. Florentin s'est noyé
dans la Seine et je me suis enfui l'abandonnant dans les eaux
froides. Je le pleure et m'en réjouis. Vous aviez raison, je serai
un lâche toute ma vie. Tant pis, puisqu'il n'y a plus qu 'à moi
que je vais nuire. J'ai décidé de cesser d'être un parasite et je
pars vivre très loin d'ici ma déchéance.
Une dernière faveur, s'il vous plaît. Faites comprendre à ma
tendre épouse qu 'elle doit accepter le divorce. Vous trouverez
les papiers signés dans l'autre enveloppe. Je vous fais confiance
et vous estime, c'est pourquoi je vous charge de convaincre
votre fille. Expliquez-lui mon impossibilité à lui écrire sans
déroger à ma décision. Les mots deviendraient des gestes où
l'envie de la revoir et de la toucher seraient insoutenables.
Dites-lui mon Amour. Dites-lui qu'elle sera l'unique femme de
ma vie. Adieu. RENAUD".
La lettre tombe par terre. Marjorie s'en empare et la relit :
- Il ne parle pas de moi ! dit-elle, décontenancée. Il n'a rien à
me dire...
Sally, très éprouvée depuis ces cinq années de mariage,
malade, anémiée, déchirée, fixe sa belle-mère et s'écroule,
évanouie.
L'Hiver s'achève... ENFIN !
À l'aube du crépuscule, un corps va vivre en minuscule avec
pour seule compagne une âme qui sommeille sans réveil. Il
suffirait de presque rien pour que brille le soleil demain. Mais
demain est un lointain rivage avec pour unique horizon les
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