Page 117 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          d'attristés, de compatissants et d'irréductibles optimistes. Rien,
          ni personne, ne fut épargné et les mots... toujours les mêmes.
          Il n'y a plus personne dans la chambre. C'est l'heure de souper.
          -  Ouf ! C'est terminé ! Les as-tu entendu  déblatérer leurs
          sornettes ? Vous, les français, n'êtes pas très originaux. A part,
          le temps, le voisin et le continuel "pauvre petite" vous n'avez
          rien trouvé de  mieux  à  raconter. Ce  n'est pas ce qui va te
          donner envie de revenir parmi nous. Qu'en penses-tu ma chérie
          ?
          Lourdement assis sur une chaise, d'un regard désespéré, Tom
          s'attarde  sur l'appareillage qui maintient sa fille en  vie.
          Hypnotisé, il fixe le goutte à goutte la nourrir.
          -  Est-ce que ton menu te convient  ce soir ? plaisante-t-il, un
          sourire triste au coin des lèvres.  Ne préfères-tu pas un bon
          ragoût ou un énorme gâteau  au chocolat... Je  sais que tu  en
          raffoles. Tant pis pour la ligne... !
          Dans le couloir, les femmes de service apportent les plateaux.
          - Ah ! Moi aussi, je vais manger ! J'aurai aimé dîner dans un
          restaurant plus coté... mais puisque tu t'entêtes à vouloir rester
          ici, je vais  m'en contenter... Elles  arrivent, tu  les entends ?
          L'odeur est agréable ! Tu la sens ? Je vais me régaler !!...
          La porte s'ouvre, l'une d'entre elles dépose la nourriture sur la
          table.
          Ces femmes savent les raisons de ce monologue et ne s'en
          étonnent pas. En reconnaissance de l'admiration qu'elles  lui
          témoignent, elles soignent la présentation de son plateau. Plus
          que la copieuse assiettée, c'est la fleur, bien souvent une rose
          blanche, éclatante dans un soliflor, qui émeut ce père
          attentionné.
          Elles sont présentes aussi dans les moments de doute :
          - Croyez-vous que je doive insister ?
          - Je l'ignore, Monsieur, mais surtout, continuez... encore un peu
          !
          Ce soir est un de ceux où, justement, l'opiniâtreté de Tom
          s'amenuise au gré de sa volonté fatiguée. Il s'enroule dans une
          couverture avec l'incertitude de poursuivre.
          Son sommeil est agité... (Florentin est-il vraiment mort ?)
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