Page 115 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          surtout grâce à ses croyances  religieuses, il est persuadé que
          Sally
          n'a pas déposé son âme, seulement mise hors service pour
          oublier le drame. Elle se donne le droit d'abandonner son corps,
          le temps de balayer  le  décor et d'émerger à nouveau de son
          tréfonds, purifiée et sanctifiée.
          Il a longuement conversé avec la marraine de Sally, sa belle-
          soeur, alliée précieuse aux heures creuses quand le doute
          l'habite. Son idée est partagée, il va tâcher de convaincre le
          praticien.
          -Asseyez-vous, Monsieur Way. L'infirmière  en chef m'a
          rapporté votre intention de tenter une expérience sur le mental
          inconscient de votre fille. Je suis, croyez bien, cher Monsieur,
          attiré par tout nouvelle pratique pour sauver  mes  malades.
          Connaissant l'histoire dramatique qui a amené votre fille à ce
          fâcheux traumatisme, j'ai eu une longue discussion avec un ami
          psychanalyste à son sujet... Il semblerait que Madame Palandin
          refuse de vivre. Elle ne présente aucune lésion, pas la moindre
          défaillance clinique. Son coma est purement psychique et doit
          se servir de ce subterfuge pour fuir la terrible réalité,  qu'elle
          redoute, certainement.
          -  Oui !  C'est cela, docteur,  Sally n'a pas un "mental
          inconscient" ! Quand je la regarde, quelque chose me dit qu'elle
          est vivante... Si votre ami analyse son comportement ainsi, cela
          voudrait dire qu'un esprit peut-être assez pervers pour jouer la
          comédie ?
          - C'est invraisemblable, n'est-ce pas... Pourtant...
          -  Encore une question, docteur... Serait-il possible qu'elle
          m'entende lui parler ?
          - Je ne puis vous répondre, hélas ! Je vous engage à continuer
          si vous ne le faites déjà !
          -  Donc, vous ne verriez pas d'inconvénient  à ce que je
          m'installe dans sa chambre, avec dossiers et radio, vingt-quatre
          heures sur vingt-quatre ?
          Son interlocuteur ne bouge pas, les bras croisés sur son ventre
          rebondi.
          - Je vous accorde tout ce dont vous aurez besoin, à condition de
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