Page 139 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
de sa tête avant de s'approcher de la grille. Une main la saisit
par une manche :
- On ne dit pas bonjour ? dit une voix déçue.
- Mais ! Tu ne dessines pas sur le trottoir ?
- Pas encore, jolie jeune fille ! Sais-tu que nous sommes le
matin et qu'il est de bonne heure ?
- J'avais une telle hâte de venir, dit-elle la moue boudeuse.
- Je t'espère depuis l'aube, lui répond-t-il en lui soulevant le
menton.
Une larme coule le long de sa joue. Sally, timidement, l'essuie.
- Viens... ils avaient parié que tu ne reviendrais pas. Elle
s'arrête au milieu de la chaussée :
- Je ne repartirai jamais plus !... Tu le sais, hein ?
- Bah ! Quand tu iras mieux... Allez, viens !
- Non, Garibaldi, je ne te quitterai plus ! !
- Tais-toi !
Ils marchent sans échanger d'autres mots. Au bar, l'ambiance
est douce. Les habitués sont déjà là à se réchauffer d'une
chopine ou d'un café. Ninon dort sur son bras. Valère, très en
verve, s'exclame :
- Bon les gars, ouvrez vos oreilles !
- Quand tu veux, grande gueule ! crie un autre.
Valère se lève, tournant le dos à l'entrée, et commence sa tirade
:
"Quand vous les croisez ces poivrots, "Habillés de leurs
lambeaux, "Tirant péniblement leur chariot, "Ils portent leur
fardeau.
"Ils prennent la rue comme caniveau, "Pour déposer leurs
oripeaux, "Ils urinent sur les écriteaux, "Et défèquent derrière
des panneaux.
"Leur semence fait défaut,
"Mais leur imagination est sans repos,
"La crasse masque leur égo,
"Leur identité est murée dans un cachot.
"Ils revendiquent d'être des originaux, "Et non pas des
animaux, "Ils veulent rester marginaux, "Et être libres de leur
peau.
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