Page 135 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
loin, c'est un clown qui déclenche l'hilarité enfantine et le
magicien, leur stupeur. Quant au dresseur d'ours, il effraie les
tout- petits qui se réfugient dans les jupes de leur maman...
mais, c'est devant le peintre ou le caricaturiste que la pose
devient sérieuse, afin de ne pas troubler le doigté du "maître".
La musique aussi fait partie de la fête. Soit ce troubadour ou
encore ce violoniste, sans oublier le guitariste et
l'accordéoniste. L'attroupement est dense dans l'allée du
tatoueur. Son travail, graver pour une vie un symbole sur une
épaule ou un bras, attire les curieux. Certains ne résistent pas,
d'autres hésitent ou condamnent, mais personne ne reste
insensible.
Les saltimbanques, défiant rhumatismes et courbatures
voltigent dans l'espace. Ce singe, qui va de l'un à l'autre en
chapardant au passage un gâteau, un chapeau ou bien encore,
plus amusant, en sautant dans les bras des gens, divertit et
déclenche des fous rires et des pleurs. On ne peut négliger de
parler de ce poète récitant des vers, de ce manège de chevaux
de bois, de ce marchand de barbes à papa...
L'émotion, pour Sally, c'est encore d'être auprès de Garibaldi,
embrassé, congratulé, interpellé et aimé par cette joyeuse et
rocambolesque troupe. Elle est fière de l'accompagner et d'être
présentée comme son amie "très chère".
Epuisée, Sally se laisse tomber sur un banc, en face de la serre,
immense véranda en forme de cloche aux décorations de
ferronnerie, rappelant celles de l'entrée. Il le remarque en la
soutenant d'une main ferme, posée sous son avant-bras.
La nuit descend rapidement. De nouveau, ils entrent chez le
"Farfelu". Une soupe fumante les attend :
- Vous saviez que nous arrivions ?
- Garibaldi mange toujours à la même heure. Huit heures !
Voilà mon Seigneur !
Sally touche à peine à son assiettée. Elle a vu plus de choses en
trois heures qu'en cinq ans de sa vie.
- Comment se fait-il que vous n'étiez pas dans le jardin cet
après-midi ?
- Pour te rencontrer !
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