Page 137 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
P. 137

Violeurs d'Ame


          Ils passeront sous des ponts et traverseront des impasses
          infâmes, s'achemineront à travers  des souterrains malsains,
          s'attarderont devant des porches à anicroches et traîneront dans
          des rues dépourvues.
          - Qu'en pense notre future "associée" ? demande Valère à la fin
          de leurs investigations.
          Sa vision n'entache en rien sa décision. Elle est persuadée qu'il
          ne lui montre que les coins sordides... Emue et peut-être un peu
          terrifiée, elle se met à pleurer.
          -  C'est pas bien joli, joli, tout ça, hein ? lui dit Valère en la
          prenant par le cou.
          Elle continue de pleurer silencieusement.
          - Pourtant à l'intérieur, dans le coeur de ces "gens", il y a je ne
          sais quoi que je n'échangerais pas contre celui d'un rupin.
          Ecoute-les parler... Ils  ont tous  un passé fabuleux, des
          aventures à raconter, des vraies et des fausses, des  misères à
          trimbaler. Ce sont des magiciens de l'abîme, des seigneurs du
          sordide et des apôtres du mensonge. Tous ont raté leurs espoirs
          et réussissent leur désespoir... Tu as bien fait de venir te
          réfugier auprès d'eux. Ils ne te décevront jamais. Enfin... sois
          prudente et ne t'éloigne pas trop de nous !
          - Si j'ai bien compris vous me prenez avec vous ? Il la dévisage
          en faisant la moue :
          - "Nippée" autrement !
          - Mes vêtements ne vous plaisent pas, dit-elle naïve.
          - Si... Tout de même Chanel et tout le tralala pour traîner dans
          les rues et dormir à la belle étoile !! Peut-être qu'aut'chose...
          - Bon, je vais me changer !
          Sans plus attendre, elle appelle un taxi. Valère la retient par la
          manche avant de s'engouffrer dans la voiture :
          - Il est tard, reviens demain !
          Quand le taxi démarre, Valère ironise gentiment :
          - Drôle de gosse ! Difficile de couper les ponts avec le monde
          de luxe... un taxi, ben voyons !
          Garibaldi ne rajoute rien. Elle sera là demain. Pas certain de la
          voir vêtue de haillons, mais bien présente.
          Tranquillement, ils rentrent se  réchauffer chez le "Farfelu"
                                       134
   132   133   134   135   136   137   138   139   140   141   142