Page 138 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          avant d'aller prendre leurs quartiers dans un abri camouflé, loin
          des courants d'air.
          Sans tarder, Garibaldi  réintègre son grenier aménagé. Deux
          pièces aux voûtes anciennes situées au cinquième d'un
          immeuble vétusté, sans ascenseur.
          Sa nuit sera agitée. Son imaginaire brûlera ses doigts  sur  la
          peau lisse et laiteuse de la belle inconnue. Il  embrassera ses
          lèvres charnues et la portera, glorieuse, sur l'autel des élus de
          son coeur.  Puérile ingénue qui  réveillera d'intenses émotions
          longtemps enfouies dans les tourments des ans.
          À l'aube, il se préparera à être un autre homme en ressortant les
          pantalons à plis des cartons.
          Ailleurs, Sally aussi veillera tard. Cette journée, loin d'être un
          conte de fée, surtout après être allée visiter la rue, n'en aura pas
          moins été le plus beau jour de  sa vie. Garibaldi, Valère,
          Ninon... des noms qui sonnaient juste.
          Sans supplice, sans  rêve, sans angoisse ni vertige... sans être
          malade, elle se réveillera le lendemain, l'écharpe de Garibaldi
          entre les mains.
          Dès qu'elle pose le pied par terre, elle réalise ses imprudences
          de la veille. Trop longtemps privé de sortie, son corps n'a pas
          supporté l'humidité des quais ni le froid du soir.
          Pour rien au monde, elle ne veut manquer le rendez-vous de ses
          amis. Prenant sur elle d'ignorer ses malaises, elle s'habille à la
          hâte et franchit, sans hésitation, le portail de fer. Son immeuble
          est loin quand un taxi s'arrête. Le conducteur de bonne humeur
          chante. Sally, nerveuse, n'est guère bavarde. Juste ce qu'il faut
          pour ne pas être impolie.
          La voici de nouveau devant la porte du jardin. Il est ouvert. Il
          fait froid. Emmitouflée dans son manteau, son sac à main en
          croco, elle  semble sortir d'une page de  magazine. S'admirant
          dans la vitrine du brocanteur, les paroles de Renaud lui
          reviennent en mémoire : "Elle peut encore servir", disait-il au
          volant de sa voiture lorsqu'il avait la galanterie de s'arrêter pour
          céder le passage à une jolie fille. Les oeillades niaises, lancées
          à son bel époux, les amusaient beaucoup.
          Souvenirs mordants qu'elle s'empresse de rejeter dans un coin
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