Page 143 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
Il doit encore dessiner sur le trottoir. Assise un peu en retrait,
elle rêvasse. D'ores et déjà, elle sait que l'essence même de son
existence est ici. Poser pour Garibaldi ! Etre son modèle et
vivre sous son pinceau pour ne jamais mourir. Obliger sa
beauté à paraître pour voler au temps qui passe sa légèreté ! S'il
ne lui propose pas, elle s'imposera.
L'humidité devient poisseuse au fil des heures tombantes. Elle
refuse d'écouter ses maux et pourtant ses bronches deviennent
brûlantes. Elle toussote. Tenir... Résister... Etre forte, être à la
hauteur... La douleur est vive, elle se plie en deux. Garibaldi
lâche sa craie et la porte jusqu'au bar du "Farfelu".
* * *
Une semaine s'écoule ainsi. Chaque jour, Sally vient passer
plusieurs heures auprès du peintre. De l'inconfort des premiers
instants, ils en sont au fauteuil pliant et au châle de laine, pour
ménager la santé de la jeune femme.
Il n'est jamais venu dans son studio. Elle n'est jamais allée
visiter son grenier. Mais aujourd'hui, elle a l'impression d'être
entrée dans une partie de son logis. Il a repris sa place dans
l'allée 7 et l'accueil qu'il lui réserve est un de ceux qui ne laisse
aucun doute sur l'attachement de Garibaldi envers ce bout de
femme fragile
Elle est en retard sur l'horaire habituel et le surprend, seul, les
mains dans les poches, tendu. Quand, il l'aperçoit, rapidement
elle se retrouve dans ses bras.
- J'étais inquiet !
Puis, d'un geste large, il lui montre son atelier de plein air :
- Te voilà chez toi !
- Est-ce une déclaration ?
- Déclaration de quoi ? fait-il semblant de ne pas comprendre.
Sur ces entrefaites, Valère s'approche. Il ne voit pas Sally,
cachée par une haie de thuyas et s'apprête à dire.
- Décla...
Sally, à entendre la voix si chère de Valère, sort de derrière les
arbustes.
- Ah non ! T'as pas encore changé de frusques ! Non, mais
voyez-vous ça ! Quelle calamité ! C'est quoi, aujourd'hui ?
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