Page 142 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
repoussants, il ne s'adresse donc qu'à Sally. Voilà ce que peut
aussi vouloir dire Liberté. Libre de ses amis, libre face aux
autres. Libre...
- Je te l'avais dit qu'on serait ridicule ! se lamente Valère.
- Avez-vous la bêtise de croire que vous n'êtes pas fait pour des
lieux aussi... quelconques... ou bien est-ce pour oublier que
vous les avez un jour fréquentés ?
Les paupières mi-closes, il sourit et détourne sa véritable
pensée :
- Ta réputation va en prendre un coup, ma toute belle !
- Je m'en fous ! lui dit-elle d'un ton désinvolte.
- Vlà qu'elle devient mal polie ! maugrée-t-il.
- Fiche-lui la paix, ronchonne Ninon, occupée à découper son
poulet. On dirait que c'est ta fille... à la sermonner comme ça !
- Ninon, je ne te permets pas de me critiquer... Tu es jalouse,
mais tu n'as pas de quoi ! Cette gosse va mal finir, si je ne
veille pas à ses manières ! C'est tout !
Ninon soulève les épaules.
Dompter cette femme ne sera guère aisé, pense Sally. Pleine de
tact, elle s'intéresse un peu plus à elle :
- Que faisiez-vous avant d'être dans la rue ?
- Tu es bien trop curieuse, ma belle ! Sally s'excuse.
- J'étais couturière...
- Chez un grand couturier, précise Valère.
- Et alors ?
- Alors, alors... Ben... Un autre jour peut-être. Aujourd'hui je ne
voudrais pas perdre l'appétit. Elle lève son verre et trinque.
- Aurais-je plus de chance auprès de toi ? dit-elle en s'adressant
à Garibaldi, muet jusqu'à présent, son regard rivé sur elle.
- Oh moi, tu sais ! Je n'ai rien à oublier, ni rien à cacher. Je suis
un peintre raté et traîne cette poisse depuis vingt ans. Rassure-
toi, je suis un homme heureux.
Elle regarde Valère, il tourne la tête pour éluder la question. Il
ne parlera pas.
Après le déjeuner, ils se séparent, d'un côté Valère et Ninon,
attendus par d'autres compagnons, de l'autre, Garibaldi et Sally,
tenus de retourner au Jardin des Artistes.
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