Page 141 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
pas des yeux, sent son trouble et s'approche d'eux. Valère, en
quelques mots, lui dit de convaincre Sally de ses bonnes
paroles :
- S'il t'affirme quelque chose, il faut y croire, c'est un "Dieu" ce
type !
-Elle va guérir, cette petite ! Un point c'est tout ! Bon, j'ai
faim... Ninon, donne-moi mon casse-croûte.
Sa femme se précipite sur le landau et sort, d'un torchon
poussiéreux, un morceau de pain guère plus appétissant.
Ragaillardie, confiante, Sally ressent le besoin de faire plaisir
en les invitant au restaurant :
- C'est moi qui régale, s'essayant à ce nouveau langage.
- Cause correctement d'abord ! s'énerve Valère. Je régale... Psitt
! On va pas dépenser tous tes sous, un p'tit bistrot fera l'affaire.
J'en connais un pas loin...
Sally montre sa déception. Elle pensait endimancher cette
sortie.
- Ben, t'as vu comment t'es habillée ?
- Eh bien quoi ? C'est tout ce que j'ai trouvé. Elle boude :
- Je peux bien être une clocharde élégante, hein ?
- Et nous, on a l'air de quoi ?
- Je vous trouve magnifiques ! Je vous aime déjà tellement !
- Demain tu nous auras oubliés !
- Vous m'insultez, mais je m'en moque...
- Bon, va pour ton restaurant.
Valère connaît l'auberge choisie par Sally. Modeste et sans
chichi, on y mange copieusement.
Dolente, Sally peine à soutenir la marche de ses trois compères,
la matinée l'a fatiguée. Quelle idée d'avoir proposé un
restaurant aussi éloigné du quartier, se reproche-t-elle.
Bien que simple et familiale, l'auberge n'en est pas moins
respectable. Aussi, quand ils entrent, l'aubergiste les accueille
froidement, sans oser les renvoyer, de peur de froisser la
grande jeune femme si distinguée.
Elle commande les menus les plus chers et un vin de qualité.
Quand les entrées arrivent sur la table, sa lassitude disparaît.
Le serveur a bien du mal à contenir sa gêne devant ces clients
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