Page 134 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
- Quoi ?
- Enfin... Heu... Je... Ce soudain intérêt la gêne.
- Raconte-nous tes petites misères, ma belle enfant ! dit le
cafetier. Les amis, c'est fait pour ça, écoutez !
Pas un instant, ils ne doutent de la sincérité de la pauvre fille.
Ils savent reconnaître la détresse, l'abandon... des autres et de
soi.
Sally n'en revient pas. Ces hommes déguenillés aux visages
émaciés et aux corps décharnés offrent sans à priori leur
fidélité animale. Cette bonté de l'âme qui prend le grain de
poussière comme l'étoile éternelle. Sans préjugés.
Libérée de toute crainte, elle se confie. Son amour disparu, son
besoin de vide, son coma, son père, ses adieux au temps passé,
l'envie de paradis... mais, elle parlera surtout de Florentin.
- C'est le prénom de ton filleul ? demande le "Farfelu" à
Garibaldi.
- Ah non ! dit Sally, ce ne peut être le "mien". Celui-là il n'en
existe qu'un... Dieu fasse qu'il n'en existe qu'un seul !
- Qu'est-il devenu ?
- Il est mort noyé... Du moins je l'espère !
- Le "mien" est en voyage, dit Garibaldi...
Sally ne veut plus en parler. Pour faire diversion, elle propose
une tournée générale.
- Vous ne buvez pas d'alcool ? s'étonne Sally de la commande
de Garibaldi.
- L'eau est le nectar du poète, je laisse le vin au divin.
- Je pourrai être clocharde sobre ?
- Tu seras alors l'exception ! dit-il en riant.
- Vous...
- Moi... Je ne suis pas un clochard. Je vis avec eux, mais... je
dois oser avouer, qu'il me faut un lit pour dormir... Viens, je
vais te faire découvrir mon univers.
Ce monde de fantaisistes va l'étourdir. Jamais son imagination
n'avait élaboré une telle mise en scène. Dans chaque allée, un
artiste exerce ses talents sous les yeux des passants, tantôt
intéressés, tantôt indifférents.
Là, un photographe réussit la magie de la pose éternelle. Plus
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