Page 131 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          significatif  de ce centre d'attraction :  "LE JARDIN DES
          ARTISTES".
          Une autre existence, d'autres horizons, s'ouvrent à elle.
          Commencer par oser entrer...
          Devant elle, un attroupement s'agglutine autour d'un homme
          agenouillé. D dessine sur le trottoir et suscite l'admiration. Elle
          s'approche et joue des coudes pour se placer au coeur de
          l'événement. La scène représente un tumultueux conflit
          amoureux, fomenté par Dame Jalousie qu'un archer, gardien de
          beaux sentiments vient sauver. Les couleurs  sont vives  et
          précises et  les traits,  courbes et déliés, sont  dirigés par  une
          main dictatoriale, elle  est  le "maître",  l'artiste, l'instrument.
          Fascinée, Sally  la  suit  dans sa  course folle jusqu'à ce qu'elle
          suspende son geste et vienne se blottir dans le  creux  des
          genoux du peintre. Surprise, Sally lève les yeux et le regarde,
          lui. Une barbe hirsute, ombrageant la lèvre inférieure d'une
          épaisseur de poils mal taillés, masque son visage. Dépenaillé,
          mais propre, il ressemble à ces "titis" entrevus dans ses livres
          de contes. Aimantée plus qu'attirée par lui, elle s'accroupit à ses
          côtés.  Les flâneurs la dévisagent. L'artiste  se tait...  Ne  fait
          rien... Comme s'il devait en être ainsi.
          De profil, elle le détaille mieux. Le nez retroussé, la pommette
          saillante, le front aux rides enracinées... autant d'empreintes qui
          en disent long sur le vécu de l'individu, sur son caractère
          volontaire et le respect que doit inspirer son âge. Le double du
          sien, pense-t-elle.
          Il termine une ébauche avant de lui adresser la parole.
          Simplement un "bonjour", prononcé d'une voix chaude.
          Ebranlée, celle-ci répond d'une voix gamine :
          - Bonjour Monsieur !
          Il sourit en plissant ses pattes-d'oie.
          Etrange ce bout de femme si élégamment vêtue assise par terre
          auprès de cet homme ? Les gens se dispersent avec discrétion.
          La place se vide. Lui, la craie à la main esquisse le visage d'une
          femme qui ressemble à Sally. Figée devant ses traits crayonnés,
          elle tord son mouchoir.
          - Puis-je vous offrir une boisson chaude ?
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