Page 129 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          coule dans les tuyaux, les pas venant de nulle part et pourtant
          évidents, un claquement de porte... La rue... Les voitures qui
          déboulent sans attention, le chien qui aboie, les bavardages des
          promeneurs et puis tout proche  d'elle, la radio...  Le
          frémissement
          du drap froissé, ensuite, plus près, plus intime, son coeur. Ce
          coeur qui  bat... bat, rappelant que cela ne  suffit pas. Sa
          respiration devient ample, s'intensifie, pulvérise ses poumons,
          arrache sa  gorge et explose par  sa bouche. Sally, frénétique,
          recommence, recommence... pour finir par pousser un cri.
          - Madame Sally ! Madame Sally ?
          La voisine, affolée, tambourine à la porte.  Celle-ci s'ouvre
          devant Sally, décomposées, les yeux injectés de sang. La jeune
          femme tombe dans ses bras, en larmes.
          - Allons, mon petit ! Le plus gros est passé, n'est-ce pas ? Vous
          aviez besoin de vous soulager, à présent, la vie va être belle,
          vous verrez !
          Ces mots réconfortants ressemblent à ceux de Mamaq', elle se
          remet à pleurer, avant de renifler, de se moucher et de sourire.
          - Vous devriez sortir un peu. Je ne vous croise jamais ! Depuis
          combien de temps êtes-vous enfermée dans votre "bocal" ? Ce
          n'est pas sérieux à votre âge de rester ainsi !
          Tard dans la soirée, elle enfile une veste légère et s'apprête à
          descendre.
          Jusqu'au rez-de-chaussée, tout va  bien, son  esprit gamberge
          sans appréhension. Dans le hall, la  main hésite, pourtant elle
          ouvre le  lourd portail de la porte cochère. C'est dans
          l'étourdissant va-et-vient des passants que ses  jambes
          fléchissent. L'air frais des après-midis aoûtiens, à l'approche de
          Septembre, la secoue,  elle redresse le  torse  et continue de
          marcher. Errance cavalière qui entraîne notre gourmande dans
          une pâtisserie fine non loin de son domicile.
          L'orgie sucrée  lui procure les plaisirs mortels qu'une chair
          affamée avait oublié de satisfaire. Manger.
          Les jours suivants seront convalescents,  mélange de
          pessimisme et de douleur, de foi et d'espoir. Quelquefois
          encore, des régurgitations viennent soulager son estomac trop
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