Page 128 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          petite vie...
          Les fleurs, feu d'artifice, journellement présentées en devanture
          du magasin, n'apportent plus rien à Sally. Elle démissionne de
          ce travail, tant chéri  au temps de l'innocence et des
          frémissements amoureux. Là aussi, il faut partir avant que ces
          images heureuses aient des relents d'amertume.
          Mamaq' la regarde s'éloigner. Elles ne se reverront jamais plus
          dans le quartier, mais Sally continuera d'aller passer ses soirées
          chez elle, elles se le promettent.
          Le seul bonheur dans ce carnage, c'est qu'il a permis à cette
          famille dispersée de  se reconstruire. L'amour triangulaire a
          exorcisé ses anciennes rancunes et pansé les blessures.
          * * *
          Des sachets de bonbons vides, jonchent la  moquette.  Des
          vêtements, de ci de là, sont éparpillés. L'évier regorge d'une
          vaisselle  trop longtemps négligée et le lit est un champ de
          bataille que des nuits agitées ont profané.
          Sally vit un coma éveillé depuis qu'elle a balancé son passé.
          Comment avait-elle pu croire qu'il suffirait de dépoussiérer
          devant la porte pour embellir son intérieur !
          Les fantômes traversent les siècles et les siens lui rendent la vie
          impossible. La peur l'empêche d'aller prendre l'air dehors et les
          sonneries lui donnent des sueurs froides.
          S'abritant dans ses angoisses, elle refuse de communiquer avec
          le monde extérieur, pour ne pas être dérangée par ses parents,
          elle s'est fabriqué un mensonge. Une retraite dans un cloître.
          Seule dans son capharnaùm, elle ne mange plus et reste vautrée
          dans son lit à lire et à dormir. La radio, cadeau de Tom à la
          clinique, depuis, n'a plus jamais cessé d'émettre les messages et
          chansons. Réminescence "éthérée" de son agonie, de sa vie de
          morte ou de sa mort vivante qu'elle cherche aussi à évacuer de
          son enveloppe spirituelle.
          Une voix intérieure lui conseille  de ne pas  chercher,  mais
          d'écouter...
          Elle va obéir à cette voix...
          Les yeux fermés, allongée le corps relâché, le souffle court, elle
          se familiarise avec les bruits étouffés de l'immeuble. L'eau qui
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