Page 130 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame


          longtemps malmené. Si seulement les quintes de toux cessaient
          de la tourmenter !
          Aujourd'hui, elle va essayer de réapprivoiser son instinct. Elle
          sort. Son pas, encore incertain dérange les passants qui la
          croisent d'un oeil mavais hâtant leurs pas  de peur d'être
          concernés. Plus dure que la première sortie, celle-ci ressemble
          à un parcours du  combattant. Rien ne va. Des crampes aux
          chevilles, les oreilles qui bourdonnent, la vue qui se brouille.
          Et cette voix qui lui serine "d'écouter"...
          Alors elle écoute...
          Ses douleurs deviennent douceurs, son dos se redresse bientôt,
          ses poumons expectorent ses démons et rendent sa respiration
          "altière", son corps espère.
          D'un allant vif et joyeux, elle bifurque deux ou trois fois avant
          d'arriver devant une grille... Que fait-elle dans cet endroit ?
          L'allure désinvolte des femmes, en tenues légères et vulgaires,
          des jeunes chevelus aux manières singulières et des pochards
          soiffards se  mêlent aux badauds "normaux", hommes  et
          femmes, aux voix tonitruantes, aux grands-mères trottinant
          avec les petits-enfants, aux couples nonchalants et aux passants
          solitaires. En alerte, elle a l'impression de trahir la ribambelle
          de préjugés jusqu'alors fortement ancrés dans ses  interdits.
          Renaud ne l'avait-il pas mis en garde contre ce lieu ? N'était-
          elle pas en train de commettre une forfaiture ?
          Elle avait, c'est vrai, promis de ne pas tenter le diable... puis
          bien vite oublié l'existence de cette "cour des miracles". Dans
          son nid douillet de bourgeoise "séquestrée", elle avait ignoré ce
          qu'aujourd'hui sa vision lui montrait. L'incommensurable
          différence.
          Son éducation, son mariage, façonnés par les autres, l'avaient
          empêchée, jusqu'à maintenant, de tenter d'aventureuses
          coquineries et, en cet instant présent, face à l'immense muraille,
          à la disparité des cultures et des genres, elle se jure que plus
          personne ne la privera de liberté.
          Plantée devant l'entrée du square, elle détaille avec attention le
          décor. Elle peut lire, sur une plaque décorée de volutes en fer
          forgé entremêlées de  vigne vierge et d'anges peints le nom
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