Page 184 - Violeurs d'Ame - Evelyne Vignal
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Violeurs d'Ame
réalisé, être là... et participer.
Midi.
Sally suit le cortège à distance. L'école de samba défile.
Fantasmagorique spectacle de lumières et de masques, de
plumes et de strass, de corps oints d'huile, inaccessibles aux
mains, mais aguicheurs, de danses lascives et ardentes.
Paroxysme ludique des travestis fardés, des parodies
emplumées et des caricatures mythiques.
Dans chaque main, Renaud tient fermement des bouteilles de
bière. Un danseur lui met un chapeau de paille sur la tête, il est
grotesque et s'en moque éperdument. Il a oublié le Diable et
l'Enfer, mais pas Sally.
Après qu'il ait vidé une canette, il sort la photo du journal la
montrant à qui veut bien s'arrêter :
- Vous la connaissez ? C'est ma femme ! Oui, c'est ma femme !
Sally, elle s'appelle Sally ! C'est joli comme prénom... C'est ma
femme !
Florentin a fureté sur la place. Trop tard, des amis ont vu
Renaud s'en aller. Il court rejoindre le défilé. Par quel bout ? Il
fait chaud, il est fatigué, rempli de haine. Son sac sur l'épaule,
attire les convoitises, une bande de jeunes le suivent.
Marjorie, perdue dans cette foule en délire, a la tête qui tourne.
Ses pieds sont en sang, son chapeau de travers, elle sue, mais
continue de progresser parmi les spectateurs. L'école de
samba... Elle avance toujours.
Deux heures.
Sally s'apprête à rejoindre Garibaldi, elle est fatiguée et
souhaite un peu de calme. Elle tourne à droite, la foule y est
dense.
Renaud, débraillé, boit toujours. Sa tête chavire, pantin
désarticulé, il gigote et rigole.
- C'est ma femme ! Elle est belle, hein ? J'en ai de la chance !
Une illusion, un mirage... Une robe rouge, celle de Tahiti... Elle
est LA.
Un rire, une voix, une chevelure, une allure... Une bouteille... Il
est LA.
Ils ne bougent plus. Bousculés, ils se campent sur leurs jambes
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